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Yves Guyon était, en mai 1968, curé de Méan-Penhoët. Dans sa prédication, insurrection rime avec résurrection. J'étais curé de Méan-Penhoët depuis 1963. J'ai toujours essayé de me situer dans les milieux populaires. C'était mon axe de vie, la mission ouvrière. Nous étions de toutes les manifestations, sur le terre-plein des Chantiers navals, auprès des ouvriers. J'étais pour le respect de la dignité humaine dans la vie et dans notre liturgie.
Votre meilleur souvenir de mai ?
Depuis cinq ans, je bataillais pour une autre conception de la bénédiction des bateaux. Bénir un pétrolier, quel sens cela peut-il avoir ? À ces bénédictions, je ne trouvais jamais le monde ouvrier. Cette cérémonie était une sorte de rituel magique, sous l'oeil des caméras. On me demandait de faire du cinéma, avec soutane et surplis. Ces cinq années de combat ont culminé en mai 68 avec la bénédiction du superpétrolier Magdala, aux Chantiers de l'Atlantique. J'ai refusé de faire la bénédiction traditionnelle, en accord avec mon évêque et avec la Mission de la Marine Marchande. Je ne voulais pas mélanger une cérémonie luxueuse, avec tous ces falbalas, et la prière authentique. Il y a eu des vagues !
Avez-vous des regrets ?
Je ne regrette rien.
Qu'est-ce que 68 a changé dans votre vie, votre façon de travailler ?
68 m'a apporté le dialogue, la laïcité jusqu'au bout, la solidarité, le respect des classes populaires. Mai a changé nos prédications, notre façon de parler aux Chrétiens et à tous les hommes. Cela s'exprime dans ma prédication du 23 mai 1968, qui manifeste le souci de coller aux préoccupations des plus déshérités. Je disais ceci : En tout homme, dans tout peuple, sommeillent des forces de résurrection, des forces d'ascension ; et ces forces ne peuvent être étouffées parce qu'elles sont l'oeuvre de Dieu. J'ai donné ma vie au monde populaire, fidèle à la parole du Christ, présent et agissant en tout homme, en tout peuple. Mon choix a toujours été de ne pas m'enfermer dans ce qui est « catho », mais d'être un homme au milieu des hommes, et les plus pauvres.
Recueilli par
Daniel MORVAN.
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