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FC Nantes-Atlantique

Édition du mercredi 23 mai 2007

« Certains entraîneurs acceptent tout »

Deuxième volet du débat organisé par Ouest-France, avec Patrice Rio, Vahid Halhilodzic, Daniel Augereau et Michel Tronson.

Samedi matin, 9h30. A quelques heures de Nantes - Toulouse, dernier match de Ligue 1 à la Beaujoire, la rédaction d'Ouest-France accueille quatre grands témoins de la vie, et de la « petite mort » de la maison jaune, aujourd'hui promise à la L2 après 44 années consécutives parmi l'élite. Rudi Roussillon, le président du FCNA, bien que convié à se joindre à ce cercle des initiés, a décliné, au motif qu'il actuellement « pas (ma) liberté de parole ». Patrice Rio, ancien joueur, aujourd'hui Directeur régional d'une société de hayons élévateurs de camions, Vahid Halhilodzic, ancien attaquant en quête d'un nouveau défi à relever comme entraîneur, Daniel Augereau, PDG de Synergie, principal sponsor des Canaris, et Michel Tronson, président de la Ligue Atlantique de football et père de l'INES à la Jonelière, eux, ont cette chance de pouvoir dire ce qu'ils pensent. Avec toujours beaucoup de respect pour les personnes, ils nous ont donc livré leur analyse que vous retrouverez tout au long de cette semaine dans nos colonnes. Deuxième thème abordé : les relations entre dirigeants, actionnaire et staff technique.

 

Quelle est la bonne distance entre les dirigeants, l'actionnaire et le staff technique ?

Patrice Rio
 : Quand tu mets en place un staff technique, c'est-à-dire un entraîneur, ses adjoints et la partie médicale, si tu ne leur fais pas confiance à 100 %, c'est pas la peine. C'est la règle numéro 1. La confiance. Et on sent bien, de l'extérieur, car je ne suis pas au courant de tout, que, depuis des années, les gens du terrain n'évoluent plus en confiance. On voit bien qu'il y a ingérence complète des dirigeants, voire d'autres personnes d'ailleurs.

Cela ne vient-il pas du fait qu'en football, tout le monde peut avoir le sentiment de détenir la clé du problème ?

Vahid Halhilodzic
 : C'est le pire dans le football. Car gérer un club, c'est beaucoup plus complexe qu'on ne le pense. Surtout maintenant, car les enjeux économiques sont énormes. Il y a beaucoup de gens qui arrivent maintenant dans le football pour gagner de l'argent et pour gagner une image. Maintenant, tout le monde veut refaire un peu comme Lille. Tu prends Lille sans rien, et tu deviens riche après quelques années. Et ils pensent que ce sont eux, les dirigeants, pas les gens qui sont en place et qui ont travaillé. Mais au football, pour gagner de l'argent, je ne connais pas.

De même qu'acheter des titres avec de l'argent, c'est impossible. Regarde Cheslea qui a mis un demi-milliard d'euros. Mais il faut aussi un peu travailler, avoir de la compétence. Cela dit, c'est aussi typiquement français, cette tendance du président à parler, après chaque match, de tactique. En Italie, en Angleterre, en Allemagne, on ne voit jamais ça. Et tout de suite, ce faisant, il met en doute les compétences de son entraîneur. Inconsciemment.

P. R. : c'est de l'ingérence.

V. H. : mais attends, que le patron parle, bien sûr, il est là pour gérer. Mais qu'il entre dans la discussion technique...

Daniel Augereau : c'est ce que j'ai dit. Pour en revenir au président actuel (Rudi Roussillon), c'est un homme qui a de la qualité. Il représente l'actionnaire. C'est un homme important dans l'empire Dassault. Mais, je lui ai dit, vous vous mettez trop en avant. Ce n'est pas à vous de le faire. Vous vous exposez en faisant cela. Et comme vous n'avez pas pris la décision psychologique et politique qui était de se séparer rapidement du précédent directeur (Jean-Luc Gripond), que je ne condamne toutefois pas...

Mais c'est un peu comme en politique, si on mène une réforme qui soulève la bronca populaire, il n'y a qu'une solution pour le premier ministre, c'est de demander à son ministre de démissionner. Et il en nomme un autre. Ça calme les esprits, on attend un peu et on repart du bon pied. Mais là, vous ne le faîtes pas, et votre image, comme votre pouvoir, votre crédibilité, se délitent progressivement. Il fallait prendre cette mesure. D'ailleurs, il n'est pas forcément trop tard. Il peut encore la prendre maintenant.

V. H. : mais n'est-ce pas aussi un peu la faute des entraîneurs aussi. Certains entraîneurs acceptent tout. Pour avoir la place. Plusieurs fois, j'ai eu des discussions avec Lyon, avec Nantes. Et quand tu discutes, il faut mettre les choses au clair avant que tu commences. Comment on fonctionne ? Un entraîneur qui arrive dans un club doit mettre en place un mode de fonctionnement. Rôle de l'entraîneur, rôle du président.

C'est le plus important. Car ce sont les deux patrons. S'il y en a un troisième, hum... Il faut être direct et concret. Dire au président : si demain vous venez discuter tactique, c'est pas la peine que je vienne comme entraîneur. Prenez quelqu'un d'autre.

P. R. : inversement Vahid, je prends le cas de Michel Der Zakarian, parachuté entraîneur de l'équipe première et qui apparemment est confirmé pour la saison prochaine. Crois-tu franchement, dans la situation présente, qu'il a suffisamment de poids, d'envergure, pour imposer sa manière de fonctionner ? Moi je ne crois pas.

V. H. : Michel Der Zakarian, il n'a rien à perdre.

P. R. : mais si tu deviens un pion qui va être manipulé, ça n'a aucun intérêt. Ça ne va certainement pas dans l'intérêt du club en tout cas.

Michel Tronson : c'est très intéressant ce que vous dîtes là. Car on n'a jamais autant prétendu qu'un club doit se gérer comme une entreprise, affirmation discutable d'ailleurs, et on n'a jamais géré d'une manière qui ressemble aussi peu à l'entreprise. Car quand les têtes pensantes ou les chefs de service ne savent pas précisément quels sont les territoires de compétence, quels sont les objectifs et les indicateurs de réussite, l'entreprise ne résiste pas longtemps à la concurrence. Donc, on tient un discours, et le vécu va à l'encontre. Et à travers cet espèce de revêtement mural de communication, de mauvaise communication, on se décrédibilise.

Êtes-vous surpris que Serge Dassault ne soit jamais venu à la Jonelière ou à la Beaujoire ?

D. A.
 : non, ça n'a pas d'incidence. Ce n'est pas parce qu'il serait venu que ça aurait changé quelque chose. Le président actuel a les pleins pouvoirs et la confiance de l'actionnaire. Donc il est inutile de penser que l'actionnaire viendrait influer sur des décisions. La seule chose qu'il pourrait faire, c'est dire à la fin : j'en ai marre. J'arrête tout.

V. H. : ça aurait été bien qu'il vienne quand même.

P. R. : à partir du moment où il avait clairement dit que le football ne l'intéressait pas, je ne vois pas pourquoi il serait venu.

M. T. : on n'attendait pas ça. Si Serge Dassault avait aimé le football, il aurait pris Toulouse. Quand on sait ce que représente ce nom-là dans cette ville-là. Donc, je ne pense pas que ça soit très important. Finalement la question qu'il faut qu'on se pose, mais je n'ai pas la réponse, c'est qu'est-ce qu'on achète, quand on achète un club. Et de quoi on devient propriétaire. En tout cas certainement pas de toute la somme d'émotions que les spectateurs ont pu connaître, de toute ce qui fait l'histoire d'un club. Faut pas exagérer l'importance de l'actionnaire. Ce qui est important, ce sont les gens en place et qu'ils sont responsables d'une gestion.

P. R : structurellement, un club ressemble à une entreprise comme une autre, mais ça n'a rien à voir.

M. T. : on a fait des fautes à Nantes qu'un chef d'entreprise ne ferait pas. Quand je dis on, c'est une manière de s'associer et de ne pas hurler avec la meute. J'ai passé 24 ans de ma vie là-bas, et Dieu sait que c'est un club qui m'est cher, mais aujourd'hui, j'ai physiquement froid quand j'approche de la Jonelière. Je le ressens tellement profondément. Or aujourd'hui tout le monde sait bien que le rôle premier d'un manager, c'est de créer une chaleur humaine, de prendre soin de ses collaborateurs. On a déjà fauté là-dessus. On a cassé ça.

Finalement, c'est quoi un bon président ?

M. T.
 : c'est quelqu'un qui sait donner un sens et qui sait s'entourer. Après, il y a 2000 profils. Avec ou non connaissance du football, avec charisme ou sans charisme. Il y a d'excellents clubs de football dont le président est très effacé.

La première différence entre club de football et une autre entreprise n'est-elle pas qu'à la base, on sait qu'on ne gagnera pas d'argent avec ce business ?

P. R. : mais, déjà, Dassault n'a pas acheté le FC Nantes. Il l'a récupéré.

D. A. : d'ailleurs, moi je dis qu'on peut le remercier. Car effectivement, il s'est retrouvé avec ça, et il ne l'avait pas demandé. Il aurait pu dire tout de suite : qui veut ça ?

M. T. : en fait s'il avait été dans le stade lors de la dernière journée de championnat contre Metz en 2005, ça ne se serait sans doute pas passé comme ça. Il a été piégé ce soir-là.

V. H. : c'est quand même incroyable qu'un monument du foot comme Nantes se soit retrouvé dans cette situation. Tiens, tu as acheté deux chemises, je te donne une troisième.

C'est une belle chemise cela dit, avec Synergie dessus...

V. H.
 : mais, il faut bien savoir la porter. Car si tu ne la portes pas bien, arrive ce qui arrive actuellement.

Il y a un manque de capacité autocritique selon vous ?

P. R.
 : je pense qu'avant tout, c'est un manque de dignité.

D. A. : je n'irai pas jusque-là. Mais si on ne change pas une équipe qui gagne, de toute façon, il faut changer une équipe qui perd. Il est sûr que si on repart avec les mêmes, le résultat sera à nouveau catastrophique. Mais, Patrice, tu dis : il faut que Roussillon s'en aille. Si Roussillon s'en va, Dassault sera parti. Il a la confiance à 100 % de Dassault et...

P. R. : tout le monde a le droit de faire des erreurs, hein.

D. A. : peut-être, mais je veux simplement expliquer que si demain, tout le monde veut la peau de Roussillon, ça veut dire que Dassault s'en va. Et qui arrive derrière et avec quel type de projet ? Alors, il y a une certain nombre de gens qui sont prêts à participer, mais pas forcément à reprendre le bébé dans l'état dans lequel il est actuellement, un petit peu agité.

M. T. : je ne demanderai pas la peau de qui que ce soit, mais il y a une logique. C'est que l'échec soit sanctionné. Ensuite, un club, ça n'est pas simplement une entreprise de production. Il y a plein de connexions. Or ces connexions sont coupées. La gestion du FC Nantes depuis quelques années, c'est quoi ? C'est une succession de réfrigérateurs.

On peut penser que c'est une erreur de casting, mais je suis président de Ligue Atlantique de football, qui représente 123 000 licenciés, 1 000 clubs, et je n'ai aucun contact. Je me suis pourtant présenté. Dès lors, je pense que ça serait difficile que les mêmes personnes, d'un seul coup, se refassent une virginité d'image. On a beaucoup menti aux gens aussi, dans la communication. Comment, après avoir beaucoup menti, on peut, instantanément dire, maintenant : j'arrête, ce que je vais vous dire, c'est la vérité ?

Propos recueillis par Ch. DELACROIX et P-Y. ANSQUER.

 

Ouest-France

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