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FC Nantes

Édition du jeudi 07 août 2008

« Der Zakarian, c'est vous qui lui mettez la pression ! »

FC Nantes. Depuis la Côte d'Azur, où il passe ses vacances, Waldemar Kita a accepté d'évoquer

ses attentes pour la nouvelle saison et de revenir sur l'éternel débat autour de son entraîneur.

Président, au retour du Maroc, vous avez sérieusement tancé votre entraîneur. Pourquoi lui et lui seul alors que d'autres ont remis en cause le bien-fondé de ce tournoi ?

Vous n'êtes pas juste, c'est Michel Der Zakarian qui a fait des déclarations dans la presse en disant que nous n'aurions jamais dû aller là-bas. Je n'ai jamais entendu d'autres gens se dévoiler. Sûrement que certains n'étaient pas contents mais ils ne l'ont pas dit ! Je voulais simplement corriger le tir. Quand on est invité, on ne critique pas. La direction avait pris cette décision depuis six mois, j'estime par conséquent cette attitude incorrecte.

En fin de saison, vous avez déclaré : je n'aurai jamais confiance en mon entraîneur. N'avez-vous pas l'impression d'avoir fragilisé inutilement votre coach ?

Je suis dans une société, j'ai des cadres supérieurs. Parmi eux, l'entraîneur qui est aujourd'hui Michel Der Zakarian mais demain peut s'avérer quelqu'un d'autre. Mon problème est plus philosophique. Je me pose la question suivante : pourquoi beaucoup d'entraîneurs changent-ils de club ? Pourquoi arrive-t-on à une telle situation ? Cela nécessite une analyse, surtout quand il s'agit d'un cadre supérieur. Je suis un perfectionniste. C'est peut-être un peu dur à supporter, maintenant les gens qui ne supportent pas la pression, ils doivent changer de métier. Avez-vous l'impression que j'ai la pression ?

Si on vous demandait une définition du rôle de l'entraîneur ?

Comme c'est contenu dans son nom, EN-TRAI-NER : gérer humainement un footballeur professionnel, l'encadrer mentalement et par conséquent disposer d'une certaine psychologie. J'ai pu m'en apercevoir en m'entretenant avec Christian Wilhelmsson. Mais aujourd'hui, est-ce le rôle de l'entraîneur ? A-t-il les capacités à le faire ? L'intelligence d'un entraîneur - je ne parle pas de Michel Der Zakarian, on est bien clair - c'est d'adapter un système de jeu par rapport aux joueurs et non le contraire.

« Arrêtez de vous fixer sur l'entraîneur »

Un entraîneur fragilisé est un coach qui ne peut obtenir la pleine écoute, la totale concentration ou tout le respect de ses joueurs. Nantes ne s'affaiblit-il pas lui-même ?

Mais pourquoi me dîtes-vous qu'il est fragilisé ?

Les critiques viennent bien de l'intérieur du club. Une fois pour toutes, est-ce un entraîneur sursitaire ?

Je pense que c'est vous qui le fragilisez. Depuis un an, vous (les médias) n'arrêtez pas de dire qu'il n'est pas à la hauteur. Ce n'est pas moi qui en parle. J'ai simplement déclaré qu'il n'avait pas d'expérience mais qu'il s'agissait d'un travailleur, d'un mec aux qualités humaines. C'est vous qui lui foutez la pression, pas moi ! Arrêtez de vous fixer sur l'entraîneur.

Mais vous donnez le sentiment de l'avoir confirmé par obligation. Au nom de la parole donnée.

Vous m'avez tous dit pendant des mois que nous devions changer, moi j'ai donné ma parole, je la respecte. Que ça soit forcé ou non, je l'ai fait. J'essaie de lui donner les moyens, mentaux, intellectuels mais aussi les joueurs. Mais à un certain moment, la décision va appartenir à l'entraîneur. La valse des entraîneurs au cours de ces dernières années me pose un gros problème. Celui qui ne réfléchit pas à ça, il est immature. Je ne veux pas rentrer dans les détails mais j'ai un souci à ce sujet-là.

On peut en savoir plus ?

Est-ce qu'on peut laisser à n'importe quel entraîneur plusieurs millions dans les mains ? Est-ce faisable ?

Et la réponse est ?

Je m'interroge

« Je ne travaille jamais sur le court terme »

Quels sont vos objectifs pour cette nouvelle saison ?

De gagner tous les matches. Avant tout, de ne pas descendre. N'oublions pas qu'il y a quelques mois encore, nous étions dans une situation très délicate. L'objectif est de continuer à se développer avec une certaine constance, et ce à tous les étages du club, le sportif, bien sûr la formation, mais aussi le merchandising, le marketing et évidemment apporter du confort à nos sponsors et aussi notre public.

Quelle importance attachez-vous à la notion de beau jeu ?

Une très grande importance. L'an dernier justement, nous n'avons pas vu du beau jeu. C'est là que l'entraîneur nous montrera son savoir-faire.

Le choix de Jean-Jacques Pierre comme capitaine, est-ce un choix présidentiel ?

J'ai donné mon opinion à Michel Der Zakarian. J'avais moi aussi opté pour Jean-Jacques Pierre.

Comment pourriez-vous définir vos relations avec les joueurs ?

À mes yeux, il importe avant tout de trouver des joueurs travailleurs et respectueux, envers vous les médias, le public, les sponsors... Je veux que les joueurs se conduisent très bien en dehors du terrain. D'ailleurs, les recrues ont également été choisies en fonction de leurs qualités mentales et de leur culture. Après, si je souhaite en voir certains partir, c'est avant tout pour qu'ils puissent jouer. Comme je l'ai dit l'autre jour à Wilhelmsson : Christian, désolez, mais tu ne m'as jamais contacté depuis ton départ. Tu avais pourtant un contrat. Moi, j'ai pris mes dispositions et trouvé des engagements avec des gens. Chez nous, tu ne joueras pas. En une semaine, il a pris sa décision avec un club où il va s'épanouir et gagner de l'argent.

Et ceux qui souhaitent rester ?

Pas de problème, on les garde. Seulement, ils risquent de ne pas jouer. N'oublions pas que beaucoup vont dépasser la trentaine. On ne pouvait pas continuer de la sorte. Oui, ils ont contribué à la montée, mais ils étaient payés. Vous étiez les premiers à dire qu'avec l'équipe de l'an dernier on ne pouvait pas demeurer en première division. On s'est renforcé.

L'an dernier, vous avez acheté un club en L2 en perdition, à un prix raisonnable (10M€), l'objectif consiste t-il à l'embellir pour le revendre avec une plus-value ou à le conserver pour remporter des trophées ?

Je ne travaille jamais sur le court terme, sauf incidents graves. Comme je l'ai déjà dit, je ne suis pas là pour gagner de l'argent mais construire un club durant plusieurs années, maintenant tout peut arriver dans la vie. Ma philosophie est claire : j'ai envie de développer quelque chose de très fort, de me faire plaisir également. Si je vois que l'on ne me suit pas, qu'on ne parle pas le même langage, bien sûr je ne pourrais pas continuer.

Propos recueillis par Ch. DELACROIX et A. BERNARD.

Ouest-France

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