Édition du vendredi 21 mars 2008
Billet : le blues du Marseillais
Le groupe Quartiers Nord, culte à Marseille, aurait pu le chanter. Ça s'appellerait le blues du Marseillais. Un riff plombé, un solo déchirant. Ça raconterait mon coeur qui saigne. Le réveil difficile. La défaite à avaler. Le titre qui s'envole. Un de plus. « Heeeein. J'ai pas le moral. L'OM, ton foot a mis les voiles. »Ça s'annonçait bien pourtant. Un stade chauffé à blanc. Les grands Cissé et Nasri sur la pelouse. Et patatras. Le but superbe de Carquefou. Et des Olympiens impuissants. Ridicules, face à la vaillance carquefolienne. Et le minois triste du petit minot, maquillé de bleu et blanc, à côté de son papa.Et voilà, Marseille pleure. Marseille, qui d'habitude « craint dégun » (en langue d'oïl « n'a peur de personne »). Marseille à terre. Et l'exilé phocéen à Nantes, dans l'enfer des collègues de bureau. « Qui l'eût cru, mon cher Jacques ? » « Marseille dans le pastis. » « Leur sport, c'est le croquet ? » Et ces choeurs de la Beaujoire, obsédants. « Ils sont où, les Marseillais ? »Mais oui, vous étiez où ? Vous qui nous avez donné tant de bonheur. Une Ligue des champions. Tant de belles épopées européennes.Reste cette gueule de bois. Et un total respect : la meilleure équipe sur le terrain a gagné. Elle ira loin. Dans la tête, le tempo de la chanson s'accélère. Carquefou, tu as assuré. À toi de nous faire vibrer. Ce n'est plus le blues du Marseillais. C'est le rock fou de Carquefou.Jacques SAYAGH.
Ouest-France