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Un comité central de grève, unique en France, vient d'être créé. La journée du 24 mai s'annonçait décisive. Paysans et ouvriers manifestent ensemble. Certains rêvent de limoger le gouvernement. : Collection CHT/J. PéaultL'homme a un parcours atypique. Jeune résistant gaulliste, combattant jusqu'en Indochine, il a fait des études de théologie pour devenir pasteur ouvrier. Il est finalement devenu marin à la pêche et au commerce. Plus tard, il va décrocher un DEA de droit. Le corps s'est arrondi, les douleurs sont là, mais l'ancien secrétaire général des marins CGT, encarté à la SFIO, pourrait donner de la voix comme il y a 40 ans.
Nous sommes le 24 mai 1968. Un comité central de grève vient d'être créé. Les paysans déboulent sur Nantes avec leurs tracteurs. Ils rebaptisent la place Royale en place du Peuple. Ils manifestent au coude à coude avec les étudiants et les salariés. Quand ils rentrent chez eux à l'heure de la traite, ça dégénère. De jeunes ouvriers sont bien décidés à faire sauter le verrou du pouvoir. C'est parti pour des heures de baston avec barricades, arbres sciés et hélicoptère dans le ciel. La préfecture est incendiée. Une quinzaine de manifestants sont arrêtés.
Que voulez-vous camarades ?
Le préfet appelle un leader de la CFDT à même, pense-t-il, de calmer le jeu. Il rebrousse chemin, mal accueilli. Le jour est tombé lorsqu'un autre syndicaliste intervient. Voici Andrieu un « personnage dont l'importance sera considérable », dit Yannick Guin dans son ouvrage La commune de Nantes.
Il monte sur une borne lumineuse et s'adresse aux manifestants. Il y a alors ce dialogue surréaliste que rapporte le journal Le Monde du 25 mai. Andrieu questionnant la foule. « Vous voulez qu'on laisse Cohn-Bendit en France ? » Réponse : « On s'en fout » « Alors que voulez-vous camarades ? La démission du gouvernement ? » Réponse : « Oui ! Oui ! » Andrieu rêve aussi de le renvoyer, mais par la voie des urnes. Encore faut-il une alliance politique à gauche. Ce n'est pas dans la ligne de la confédération CGT.
Même celui avec un pavé ?
Retour sur la soirée du 24. Roland Andrieu s'en souvient comme d'aujourd'hui. « Nous avons constitué une délégation de cinq personnes. J'ai dit au préfet que les manifestants voulaient sa démission et celle du ministre de l'Intérieur. » Coup d'épée dans l'eau. À l'inverse et contre toute attente, Vié accepte de libérer les personnes interpellées. « Nous avons été les chercher au commissariat dans une camionnette de la police et nous sommes revenus avec eux, même celui qui avait été surpris avec un pavé. » L'assurance qu'il n'y aura aucune poursuite est aussi obtenue. De quoi calmer les esprits.
Andrieu va retrouver un quotidien pas banal non plus. Les marins CGT, ils sont alors 500 à 600, ont créé un comité de grève. Ils bloquent des dizaines de bateaux. À Nantes, à Montoir, Saint-Nazaire et Donges. Il faut contrôler et assurer le ravitaillement en vivres et carburant. On ne badine pas avec un chargement de pétrole brut. Il doit être constamment réchauffé pour éviter qu'il ne se fige, sinon le navire est perdu.
« Nous avions établi des consignes très strictes. L'accès à bord des navires était interdit à toute personne extérieure. Il y avait trop de risques. Un pétrolier à vide, c'est une vraie bombe. » Quarante ans après, le toujours rebelle n'en démord pas. « On n'a pas été au bout des choses. Il fallait une alliance politique comme en 1936. »
Thierry BALLU.
(1) En butte avec l'organisation, Andrieu, ce même jour vient de démissionner de la commission administrative de l'union départementale CGT.
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