« La situation en banlieue n'a pas changé »
Karim, Myriam et Ali, du collectif 30.11. Ces militants associatifs fêtent l'anniversaire du collectif, vendredi soir, à la maison des habitants et du citoyen à Bellevue.
Deux ans après la révolte des banlieues, le collectif 30/11 de Bellevue lance un appel à la réflexion. « Rien n'a changé », déplorent ces militants.
« Le malaise est toujours présent. » Ce constat, sans appel, est dressé par Karim, Kamel, Ali, Myriam. Quatre des militants du collectif 30.11 créé dans la foulée de la révolte des banlieues sont unanimes. Des événements comme Villiers le Bel, n'étonnent pas ici. « Ce qui s'est passé dans le Val d'Oise, on l'a vécu à la Bernardière il y a quelques jours. Une course-poursuite entre un quad et un véhicule de police, en pleine journée. C'est courant », raconte Kamel Maïza, militant du collectif. Sauf que cette fois-là, il n'y a pas eu de morts.Le collectif ne s'arrête pas au constat. Il a fait vivre le débat pendant ces deux années dans le quartier de Bellevue. 300 personnes sont venues à chacune des six rencontres organisées par les quinze militants à la tête du collectif. Ils sont habitants ou militants du quartier. A l'occasion de l'anniversaire de leur création, ils font le bilan. Et ils invitent la population à le fêter avec eux. Parole « libre »C'est plutôt une réussite, de ce point de vue. « On a été des amplificateurs de la parole des habitants. Des jeunes, des vieux, ont participé. Des politiques, des représentants des institutions les ont écoutés », considère Myriam Nael, qui a vécu 10 ans à Bellevue puis en banlieue parisienne, avant de revenir dans la région. Les gens ont témoigné de leurs difficultés à se loger, à trouver un travail, à accéder à la citoyenneté... Ils ont raconté les discriminations, leurs souffrances. « Les politiques ne pourront pas dire : on ne savait pas », ajoute Karim Ammour, musicien, très actif dans les quartiers, notamment à travers « cité monde ».Cette parole « libre » a pu s'exercer et des gens qu'on ne voyait plus dans les réunions ont osé parler. « Aujourd'hui, les gens qui n'ont pas de travail, pas d'argent, restent chez eux. Et ne racontent pas leurs difficultés, constate Myriam. Là, on leur a rendu leur dignité. Ils se sont sentis décomplexés. » Des sociologues ont participé à ces débats, donnant ainsi une « reconnaissance » aux maux des banlieues.Kamel a le sentiment que ces débats ont « fait émerger la parole des citoyens ». Ce jeune militant avoue « avoir découvert beaucoup de choses » sur lui-même. Vendredi, le collectif se posera la question de son avenir. Il attend des réponses du pouvoir politique. « Où sont les millions promis par de Villepin après les émeutes des banlieues de 2005 », s'interroge Myriam.Vanessa RIPOCHE.Pratique : « Deux ans, et alors ? » Vendredi 30 novembre, 19 h 30. Maison des habitants et du citoyen, place des Lauriers, Nantes. collectif3011@yahoo.fr Projection/débat et concert d'Albert Magister.
Ouest-France