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Thierry Frère, gérant du cabinet C3 consultant, souhaite encourager la création d'entreprises dans les zones urbaines sensibles. Dans quel sens entendez-vous accompagner ces quarante jeunes, âgés de 18 à 30 ans et issus de quartiers prioritaires ?
Monter son entreprise, c'est compliqué pour tout le monde. Mais c'est encore plus difficile lorsque l'on vient d'un milieu sans appui. Nous voulons apporter un réseau aux jeunes de ces quartiers.
Il y a déjà beaucoup d'associations en place sur le terrain qui font un travail remarquable. Notre rôle est seulement d'être le fil rouge qui guide les jeunes dans leurs démarches.
Comment expliquer le taux de chômage en banlieue, qui touche notamment 40 % des jeunes ?
Dans les années 50, les immigrés étaient heureux de venir dans des immeubles avec électricité et eau courante. Ils ont réussi, se sont installés dans des quartiers pavillonnaires. Dans les HLM, d'autres immigrés, peu qualifiés et aux petits revenus, les remplacent. Mais les emplois industriels disparaissent. En 1974, c'est la crise économique et la fin des Trente glorieuses. Aujourd'hui, les habitants des banlieues ne disposent pas des réseaux d'embauche.
Quelles sont les conséquences dans les quartiers ?
Trente ans après, ce sont les voitures brûlées dans les banlieues en 2005. Pour moi, la deuxième nuit d'émeute a retenti comme une sonnette d'alarme. Quand la société ne fournit pas de perspectives aux jeunes, aucune issue n'est envisageable. L'absence d'espoir est la pire chose.
Pourquoi êtes-vous particulièrement intéressé par le profil de ces jeunes ?
Plusieurs études montrent que les grands potentiels sont aujourd'hui dans les quartiers dits sensibles. Les jeunes de ces milieux sont souvent plus pragmatiques et plus visionnaires que la majorité des Français. Ils ont l'envie et l'énergie. Ces zones sont un vivier extraordinaire. Les grandes écoles l'ont bien compris depuis l'expérience de Richard Descoings, directeur de Sciences Po.
De plus, les spécialistes prévoient un déficit de chefs d'entreprises dans les vingt prochaines années. Encourager les initiatives dans ces quartiers, c'est une nécessité économique en plus d'un souci de justice sociale.
Seule une minorité sera concernée par ce programme ?
L'État a peu d'argent actuellement. Alors autant innover pour trouver des solutions efficaces aux problèmes minant les cités depuis trop longtemps. Des contrats d'autonomie devraient également être mis en place pour 45 000 jeunes de 16 à 25 ans, peu ou pas diplômés.
Propos recueillis par Caroline VENAILLE.
Renseignements sur www.c3consultants.fr