« Me retrouver face à ces monstres me fait peur »
Natacha aurait aujourd'hui 31 ans : « Je l'imagine avec des enfants. Je me demande souvent si elle aurait réussi à réaliser son rêve, à devenir styliste » s'interroge sa maman, Marie. : Photo Pierre-Marie Hériaud
Marie, la maman de Natacha Danais, enlevée et tuée en 1990 à Rezé par Michel Fourniret et Monique Olivier, appréhende le procès.
Natacha est partout dans le petit appartement à Rezé. Seule, avec sa maman Marie, sa petite soeur Davina ou avec les « grands », Christine et Christophe. Son sourire illumine les murs, égaye chaque meuble du salon. Marie, 74 ans, n'a plus toujours la force de se rendre au cimetière, à quelques centaines de mètres de là. Mais Natacha ne la quitte pas. Malgré sa santé défaillante, Marie assiste ce matin à Charleville-Mézières à l'ouverture du procès de Michel Fourniret et Monique Olivier. Une audience qu'elle redoute un peu. Entretien.
Qu'attendez-vous de ce procès ?
« Ce que j'en attends... Je ne sais pas trop. En fait, cela commence à me faire peur. Me retrouver face à lui, face à elle. Ces monstres. Et savoir la vérité, entendre comment cela s'est passé, comment ils ont tué Natacha... Oui, cela me fait très peur »
Ce procès, pourtant,vous l'attendez depuis longtemps...
« Cela fait bientôt 18 ans... Et je ne sais pas pourquoi j'appréhende. Je psychosomatise même depuis quelques semaines. J'espère que Fourniret va parler. Et elle... Pour moi, Monique Olivier est aussi coupable que Michel Fourniret, si ce n'est plus. Parce qu'avant de connaître cette femme, lui n'avait jamais tué ».
Vous craignez que Michel Fourniret se mure dans le silence, peut-être même qu'il refuse de comparaitre ?
« Oui, je redoute cela, qu'il bafoue encore la mémoire des victimes ou alors qu'il soit fier de tout déballer. Il va continuer à faire du mal, à jouer avec les gens. Il sait ce que les familles attendent ; il va les faire souffrir. Son attitude risque d'être difficile à supporter ».
Quand vous repensez à ce funeste 21 novembre 1990...
« C'est toujours la même chose qui revient : qu'est ce que je suis allée faire cet après-midi-là au Leclerc Atout Sud... Et puis lorsque je vois Davina avec ses enfants. Elles avaient 18 mois de différence : j'imagine Natacha avec des enfants.
Elle aurait 31 ans aujourd'hui. Je me demande souvent si elle aurait réussi à réaliser son rêve, à devenir styliste... »
Le temps n'a pas atténuéla douleur, la colère ?
« Pendant 14 ans, nous sommes restés dans l'inconnu, le mystère. Il a fallu se battre avec la police et la justice pour continuer à faire vivre l'enquête, avec les médias aussi pour faire vivre le souvenir de Natacha. On passait pour des emmerdeurs. Et quand j'ai su la vérité, en 2004, lorsque Michel Fourniret a avoué, toutes mes forces sont tombées. Heureusement, Christophe a pris le relais... »
Quelle condamnation espérez-vous ?
« La condamnation ? Peu importe, du moment qu'ils ne ressortent pas. Jamais. Ni lui, ni elle. Parce que sans Monique Olivier, Fourniret n'aurait pas réussi à enlever Natacha. Elle ne serait jamais montée dans la camionnette.
On la dit complice ? Pour moi, elle est co-auteur »
Comment imaginez-vous l'après-procès ?
« Il y a aura un appel certainement. On le sait ; on s'y attend ; on s'y prépare. Et après... Je m'en irai. Oui, je m'en irai. En paix ».
Presse-Océan