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Les élus nantais, emmenés par le groupe malgache Bemiray, ont jeté des fleurs du haut de la passerelle Victor-Schoelcher, inspirateur de l'abolition de l'esclavage, en 1848. Hier, 18 h, quai François-Mitterrand à Nantes. Il y avait plus de monde pour la cérémonie officielle qu'aux animations de l'après-midi. Décevant, ont noté des visiteurs. « Vous avez vu ? Il y a beaucoup plus de noirs que de blancs. Commémorer l'abolition de l'esclavage, à Nantes, ancien port négrier, ça mériterait plus de présence et de soutien », estime Anne, 38 ans, le teint clair. Pas en colère, juste un peu désabusée. « C'est pas une histoire de jours fériés : il y a du monde en ville. »
Un fléau « caché derrièredes façades cossues »
Anne a regardé, assise sur le pavé, les acrobates de Métisse faire la capoeia (danse traditionnelle des esclaves). A écouté Liberté commune, le slam nerveux de Passerelle noire. A fait le tour des expos présentées sous les chapiteaux. Et dressé l'oreille au débat public qui portait sur l'esclavage contemporain. « En me réveillant, j'ai entendu aux infos une histoire d'esclavage. Une jeune togolaise exploitée par une autre Togolaise. Agressée, menacée, privée de ses droits. J'en entends parler à nouveau cet aprèm'. Ça fait une drôle de résonance. »
Derrière le micro, Angèle Najjar, du comité contre l'esclavage moderne (CCEM) indique qu'il reste extrêmement difficile, en France, d'évaluer le nombre d'esclaves domestiques. Comme tous les pays riches, l'Hexagone n'est pas épargné par un fléau « qui se cache derrière des façades cossues ou des pavillons anodins. » Le CCEM, fondé en 1994, reçoit quelque 300 appels au secours par an. Essentiellement des personnes d'Asie du sud-est et d'Afrique. Des jeunes femmes, à 80 %, qui se tuent à la tâche en travaillant 15 à 20 h par jour, 7 jours sur 7, sans rémunération ou si peu. « Leur passeport est confisqué, elles sont surveillées, souvent battues, parfois abusées sexuellement », signale Angèle Najjar.
Cette fois-ci, Anne est en colère : « L'esclavage est loin d'être fini, il prend à peine des formes nouvelles. J'espère que ce soir, pour le concert, il y aura du monde pour marquer le coup. C'est important. »
Isabelle MOREAU.