Édition du samedi 19 mai 2007
« Sacré programme ! Bonnes vacances »
Suite et fin de l'échange avec Jean-Claude Suaudeau et Robert Budzynski. Coups de coeur et coups de griffes...
Quand vous voyez cinq ou six joueurs débarquant de l'extérieur, cela vous inspire quoi. À l'époque, Japhet N'Doram a prétexté la faiblesse du centre de formation ?J.-C. Suaudeau. C'est la première question que tu aurais dû poser ! Soit on joue la carte de la formation, mais alors il convient de bien connaître la réelle valeur du potentiel de tes jeunes. Même quand je faisais les pros, je suivais toujours les jeunes. C'était ma récré. J'adorais. Mes idées, je les prenais là également. Donc, tu fais avec eux ou avec le pognon donné pour acheter à l'extérieur, mais tu ne fais pas les deux. Nantes, cette saison, ils n'ont pas pris d'option. Du moins, ils en ont pris une, mais sans savoir véritablement ce qu'ils faisaient, et surtout sans s'appuyer sur des gens compétents...Robert Budzynski. Quand tu ne prends pas Farias pour cent balles, tu te tires une balle dans la tête ! Comment peux-tu refuser un tel risque ? C'était une assurance offensive. Rien n'est cher à partir du moment que cela s'exprime. Pareil avec Ameli (défenseur central argentin). Il était libre. On l'avait pour rien. Il suffisait d'accorder une prime à la signature. Seulement derrière : « Moi, Jean-Luc (Gripond), je dois verser un million d'euros en prime ? Jamais ! » Ameli reste là-bas, Caceres arrive. Ta colonne vertébrale, tu ne l'as pas.J. -C. Suaudeau. Et Wilhelmsson ? Forcément que ça doit être un bon joueur, mais il n'était pas fait pour nous ! Chez toi, il n'en pique pas une et dès qu'il te tourne le dos... Pas cons, les Romains !R. Budzynski. Japhet l'avait suivi pour Monaco, nous, pour Nantes. En plus, nous disposions d'un informateur d'enfer avec Franckie Vercauteren (entraîneur d'Anderlecht). J'avais d'ailleurs demandé à Japhet de l'appeler, mais il n'était pas chaud. Après le descriptif de Frankie, jamais je ne le prends le Suédois !J.- C. Suaudeau. Après, chacun sent. Regarde Jean-Jacques Pierre ? La première année, tu ne l'as pas vu. En défense, ce n'est tout de même pas mal. Le truc, c'est de ne pas en faire en venir dix dont neuf n'en piquent pas une.Vous, vous appréciez Mamadou Diallo ? J. -C. Suaudeau. « Les Blacks », il faut leur donner confiance. Si la relation existe, tu peux monter au plafond ! C'est le meilleur. Forcément, il a des loupés, du moins il ne les met pas dedans. C'est différent. J'en ai parlé à Japh. Moi, je ne le ferais pas jouer comme ça... Nantes a pourtant usé quatre entraîneurs ? Maintenant, aucun n'a parlé de construire ou d'idée de jeu ?J. -C Suaudeau. Vous allez me faire regretter d'être venu. Moi, je suis avec mes collègues. Angel (Marcos), j'ai cru comme Robert qu'il pouvait réussir. Parmi les anciens élèves ? Deschamps mais il ne viendra jamais. En plus, l'exigence serait démesurée par rapport à ce qu'il peut réclamer ici. Il faut savoir que tu restes Nantes. Lui, il voit autre chose. R. Budzynski. Desch, il faut qu'il se fasse les dents ! J. -C. Suaudeau. Si Vahid (Halilhodzic) vient, c'est un style complètement différent. Je retiens le joueur. Au niveau du jeu d'attaque, je lui ai appris beaucoup, mais l'inverse est vrai également. Seulement lui, il veut tout à la fois : entraîneur, directeur et président... Peut-être pas président ! Il mettra son ami.R. Budzynski. Il ne faut pas qu'il pénètre les transferts, sinon il risque de s'égarer. Sur le terrain, strictement aucun problème. J. -C. Suaudeau. De toute façon, je ne suis pas là pour chercher. Pourquoi chercher d'ailleurs ? C'est Michel (Der Zakarian) qui est là. R. Budzynski. L'autre soir, je l'ai trouvé triste avec Japhet, lors du direct de RTL.La question, c'est tout de même comment remettre d'aplomb le FC Nantes ? R. Budzynski. Il nous manque trop de paramètres. Tu ne sais même pas si le grand patron sera toujours le même ! J. -C. Suaudeau. Entre ce que tu as à la maison, ceux qui partent, ceux qui veulent partir, ceux que l'on souhaite faire partir et ceux que tu veux, il y a un sacré programme ! Bonnes vacances. Tu n'as pas intérêt de te gourer. Imagine, si tu dois conserver quinze jokers contre leur gré. Je te le dis, tu as intérêt à faire preuve de beaucoup d'imagination. R. Budzynski. J'ai entendu Emerse (Faé), mardi sur RTL. Il a confié qu'il resterait bien...J. -C. Suaudeau. Lui, il vaudrait mieux qu'il arrête de parler. Pourquoi on ne l'a pas fait taire celui-là ? À la place de Serge (Le Dizet), j'aurais répondu. Tu te rends compte comment il critique le jeu depuis l'intérieur. Il est fou lui ! Il n'en pique pas une ! Il n'a pas honte ? Moi, c'était : « viens par là, direction magic bureau ».Construit-on une équipe en s'adaptant aux canons de la L2 ou au contraire en cherchant à installer sa propre identité ?J. -C. Suaudeau. Moi ? Je n'irai jamais (rires). Il faut que tu sois bon (grave). C'est tout. Et pour être bon, il faut revenir au terrain. Tous les jours. R. Budzynski. La démarche, c'est le coach. Moi, j'aurais tendance à dire : je pars avec une défense imbattable, costaud puis je jouerais le contre. Le cas typique, c'est Metz. Ils ont fermé la boutique et disposaient de flèches devant.J. -C. Suaudeau. Explique-moi comment on a joué Sedan en coupe de France, à Marseille en championnat dans la foulée puis à Sochaux où l'on gagne ? Quel comportement avons-nous eu ? On a fait de la résistance. Il reste deux mois, tu gardes ça, y compris à la maison. Tant pis pour les gens. Toi, au contraire, tu veux reprendre possession du terrain. Tu parles d'une possession du terrain... Et d'un seul coup, on devient la plus mauvaise défense. On était capable de défendre de la sorte, mais pas plus loin, et encore moins trop haut. Surtout qu'en même temps, nous étions même capables de marquer. C'est des options qu'il faut prendre. Il ne faut pas croire, il a son rôle à jouer le coach.À Lorient, Christian Gourcuff a réussi avec une vraie démarche de jeu ?J. -C. Suaudeau. Cette année, il a changé son fusil d'épaule. Toutes les autres saisons, il a effectivement joué le jeu. Là, il a trouvé un jeu pour se maintenir. Différent ! Il a évolué bien plus défensif qu'avant. Peut-être que s'il a les mêmes l'an prochain, fort de ce qu'il vient de réaliser, il va avancer un peu plus tout en conservant cet acquis. En revanche, si tu veux tout faire, tu n'y arriveras jamais, à moins de t'appeler l'AC Milan ou Barcelone. En 1995, on s'était donné des priorités, mais qu'est-ce qu'on les faisait bien ! Une équipe qui savait tout faire, c'était celle de 83. Pour l'an prochain, l'objectif demeure simple : la remontée ?J. -C. Suaudeau. Quand Roussillon déclare viser la sixième place en début de saison, il met en porte-à-faux tout le monde. S'il a une équipe très moyenne, il ne va tout de même pas annoncer la remontée ! Puis, mieux vaut cacher son jeu. Guy Roux ? Il visait quoi ? Le maintien et à l'arrivée il était tout le temps européen. Il a le droit d'être con, quand il faisait cette réponse... Robert, sont-ils capables d'en trouver sept ou huit à la formation sur lesquels ils peuvent s'appuyer ? R. Budzynski. Non, il y a en quatre, cinq entre ceux que tu as vu cette année : Keserü, Ca, Das Neves...J. -C. Suaudeau. Ceux-là, je ne suis pas sûr qu'ils soient faits pour jouer ensemble. Ils sont sûrement bons, mais pas pour évoluer ensemble. Généralement, pour un coach, ceux qui t'intéressent le plus, ce sont les milieux. Ça fait un moment que nous n'avons pas de milieux ! (soupir). Ils perdent Carrière, heureusement Toulalan a pris le relais. Mais depuis, on n'a plus personne... Une équipe s'imprègne du milieu. Il a intérêt à être costaud. Lui, il dispense tout autour. Faé ? Je l'aurais laissé à droite, le long de la ligne.Mais il ne veut pas, du moins il apprécie davantage d'être positionné dans l'axe ?J. -C. Suaudeau. Et bien taille-toi ! Et le petit Vainqueur ?J. -C. Suaudeau. Il a joué combien de matches ? Je suis incapable de te dire. Je ne connais pas assez.R. Budzynski. Je pense qu'il va progresser.J. -C. Suaudeau. D'accord, mais de là à avoir la même personnalité que Carrière avec Raynald ou Jérémy Toulalan ! Tous les deux, ils prenaient de la place. Et pourtant, ce n'était pas ma tasse de thé. Ni l'un, ni l'autre. R. Budzynski. Je me souviens d'un petit déjeuner avec Raynald (Denoueix) durant lequel il m'avait confié : « Carrière, c'est la plus grosse connerie de ma vie ». À l'époque, il était blessé un match sur trois. Dix-huit mois plus tard, il s'agissait du plus gros transfert de tous les temps pour Nantes. Tu l'as eu Carrière ?J. -C. Suaudeau. Crois-tu ! Je l'ai fait démarrer à Lyon. Il fallait lui prendre le ballon des pinceaux ! Maintenant, tu ne joues pas en faisant la toupie dans un sens puis dans l'autre. Il a compris car il est loin d'être bête ! Mais, à l'époque, il y avait du monde autour. Aujourd'hui, beaucoup d'équipes n'en ont pas un mais deux ou trois. Et quand ils en trouvent un quatrième, ils l'achètent tout de suite. Nous ? On n'en a pas un ! C'est terrible ! Steph Ziani ? Il a sa place tout de suite. C'est pour te dire ! À l'époque, non seulement on en trouvait, mais on les formait bien. Je te rappelle que les plus grands sont partis d'ici : Poulain, Deschamps, Makélélé. Il y a quelque chose qui ne va pas. R. Budzynski. Laurent (Guyot - patron du centre de formation) a bougé ces derniers temps. Il commence à dire : on met (de l'argent). J. -C. Suaudeau. Il est intelligent ce mec-là.Pour finir, Jean-Claude, si un repreneur devait vous solliciter demain ? J. -C. Suaudeau. J'irais écouter son projet.Propos recueillis par Pierre-Yves ANSQUER et Christophe DELACROIX .
Ouest-France