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FC Nantes-Atlantique

Édition du jeudi 17 mai 2007

« Un héritage, ça dure dix ans ! »

Jean-Claude Suaudeau et Robert Budzynski ont accepté de se mettre à table pour évoquer leur club, condamné à la relégation en L2.

 

Quand Jean-Marc Ayrault, le député-maire de Nantes situe les origines du mal nantais aux débuts des années 90, ça vous inspire quoi ?

Robert Budzynski. Dans l'esprit, cela remonte encore plus loin. Dans les années 70, quand on a pris la décision de basculer dans la formation, de construire le centre, les résultats sont venus avec en apothéose le titre de 1983. Seulement, juste avant, deux choses se sont produites qui auraient pu nous transformer. J'en ai souvent parlé en pleureuse. Tout d'abord, le club refuse de prendre comme partenaire, une montagne, un mec super intéressé et humainement très bien en la personne du groupe Lagardère. Une décision du conseil d'administration. Nous, on n'était pas convié. 20 voix contre, un nul. Je pense que c'est Fonteneau, le président de l'époque, qui a voté blanc.

Jean-Claude Suaudeau. Lui, il était capable de s'effacer. Un des rares. C'est une grande qualité qui n'existe plus, où alors il faut chercher. Les autres, ils ont eu peur d'être dépossédés.

R. Budzynski. Non seulement, Lagardère n'est pas venu chez nous, mais il a mis le feu au foot français en créant le Racing Matra dont la première recrue a été Max Bossis. Deux, on est champion avec un football que l'Europe entière venait regarder mais, alors que l'on s'apprête à jouer la Ligue des Champions, on trouve le moyen de se séparer d'un joueur, Thierry Tusseau, faute de pouvoir le retenir financièrement, un peu sous l'impulsion de Claude Simonet qui avait sorti dans le journal : « champion mais 500 millions de centimes de déficit ».

J.-C. Suaudeau. Ah, oui, c'est vrai !

R. Budzynski. Comment veux-tu que le coach dise ensuite à ses joueurs : on va faire un malheur alors que l'on vient de lui enlever l'un de ses meilleurs.

Rudi Roussillon y arrive. Il laisse partir Landreau et Toulalan mais ambitionne la sixième place ?

J.-C. Suaudeau. Il est fort lui ! Tu ne me compares tout de même pas à Roussillon ?

R. Budzynski. On s'est mis à « chialer » car on se rendait compte que l'on n'avait pas suffisamment de partenaires solides, que l'on ne faisait pas assez de recettes, que l'on n'était pas démerde. On n'y arrivait pas... à conserver nos meilleurs tout en apportant un ou deux éléments. Savoir prendre un risque.

J.-C. Suaudeau. Ce n'est pas Tusseau le plus important. C'est l'ambition qui fout le camp ! Tu as une équipe qui « se crève le cul » pour découvrir l'ambition. Toi, « tu bandes » aussi un peu, il faut bien le reconnaître ! Et puis, paf, tu veux « bander plus fort », être plus ambitieux, et à côté de toi, tu rends compte que les gars ne jouent plus de la même façon. Ca s'arrête là. On n'a jamais été au bout du cycle.

R. Budzynski. Pareil en 1995. L'association a remboursé la dette plutôt que renforcer l'équipe alors que tu joues l'Europe. Tu régularisais la situation financièrement de Christian (Karembeu), tu te mettais d'accord avec « les Macaronis » (les Italiens) pour qu'il reste une année de plus... À l'époque, Guy Scherrer aurait dû convoquer la presse et partir. Plus tard, moi, je veux prendre l'Argentin Farias. Après, l'autre (J.-L Gripond), il me met tout en oeuvre pour ne pas le faire. Je dis, puisque si c'est comme ça, je me tire !

Cela vous a usé ?

J.-C. Suaudeau. Complètement ! Tu vois bien... (rires) En même temps, j'étais content. J'arrivais à faire ce que je voulais au niveau du terrain.

Dassault n'est pas un vrai investisseur pour le FC Nantes ?

J.-C Suaudeau. Ca ne m'intéresse plus ce truc.

R. Budzynski. Le club est doublé par son investisseur ! Quand j'entends Derzakarian et N'Doram dirent qu'ils ont les mains libres en matière de recrutement, je suis très content pour eux. Maintenant, je veux voir. Qui a fait venir Barthez ? Ce n'est pas N'Doram. Je me mets à la place du joueur. Lui (Barthez), il ne répond qu'au président. Je regarde mon coach et je me dis : « toi, tu ne sers à rien au milieu de tout ça ». C'est inconcevable !

J.-C Suaudeau. L'entraîneur ne signe pas uniquement un contrat avec son président mais également avec ses joueurs.

Et si la vraie coupure intervenait en 1997, avec votre départ Jean-Claude Suaudeau ?

J.-C Suaudeau. Généralement, un héritage, ça dure dix ans ! Ce n'est pas de moi mais de mon frère. Là, il est bien dilapidé. Le mal existait déjà voilà quatre, cinq ans. Que personne n'ait pas voulu en tenir compte, c'est invraisemblable. Y compris vous.

On peut vous retourner la question ?

J.C Suaudeau. Quoi moi ? Quand tu t'en vas, c'est fini.

Dans le processus de dégradation, le départ de Raynald Denoueix ne représente t-il pas l'étape suivante ?

J.C Suaudeau. Je crois. Ça été une grosse erreur. On avait pris Raynald car il savait comment on fonctionnait. Il était le plus à même de l'interpréter auprès des éléments qu'il allait avoir. Après, c'était à Raynald de s'en occuper ou à Robert car il se trouvait encore au club.

R. Budzynski. Une petite précision, Coco. Au moment où le club l'a viré, je te rappelle que le club est dernier et que 99 % du public et de la presse réclament qu'on ne le jette dans l'Erdre. Je me souviens également de ce que disent à l'époque les joueurs, même s'ils tiennent un discours différent aujourd'hui.

Robert, vous teniez quelle position concernant Raynald à l'époque ?

R. Budzynski. Pour moi, le problème se présente différemment. Suis-je ou non responsable ? Comment Gripond peut se permettre de se prononcer ? Il sort d'où ? On en a discuté. Je lui ai dit : attendez, je suis le directeur sportif. Ai-je ou non la compétence ? Prenons un autre exemple. On décide de prendre un préparateur physique. Je dis : Jean-Luc (Gripond), laisse-moi faire, je vais prendre le Doc (Bryand), je le connais depuis des années, je vais lui annoncer qu'on lui enlève ce secteur. Réponse : non, je fais. Ok, je ne suis plus dans le coup. Il a commis une connerie énorme. La nouvelle sort dans les journaux avant que le Doc soit au courant. Il est arrivé dans mon bureau comme une flèche. « En... »

J.-C Suaudeau. Il est poli le Doc ! Mais, il en est capable...

R. Budzynski. Je lui ai expliqué que cela ne devait pas se dérouler ainsi. Pour revenir à Raynald, je trouve incroyable qu'annoncer la nouvelle au coach me soit enlevé de mes prérogatives. Mon avis, il en faisait ce qu'il voulait.

À l'époque, ils proposent à Raynald de rester et d'inventer le joueur de L1 du futur ?

R. Budzynski. Ca, c'était l'idée de Coco déjà. Même ce truc-là, on ne l'a pas obtenu.

J.-C Suaudeau. C'est terminé. On n'en parle plus. Je voulais être le garant. Pour moi, le futur se dessinait à travers l'encadrement. Le joueur des années 2000 tel que je le concevais, il sortait de l'encadrement supérieur. Et nous, on a tout dilapidé au niveau de l'encadrement. Y compris au niveau de l'encadrement médical, qui n'était pas champion de France mais d'Europe ! Il était le meilleur.

Derrière Raynald Denoueix, tous les entraîneurs se disent : ça peut être moi. Un discours que personne n'aurait osé tenir de votre temps ?

R. Budzynski. Certains entraîneurs ont été à même de penser qu'on ne les appréciait pas mais c'était une question de temps et de compétence pour se frotter à l'étage au-dessus. Serge passe trop tôt. Il n'avait pas assez de recul. Ca été trop vite. Moi, j'avais une certitude par rapport à Georges. Je le trouvais tellement efficace en position de second, d'adjoint, que je ne parvenais pas l'imaginer dans la peau du premier pour deux ou trois trucs bien précis. Celui qui m'a déçu par rapport à ce que je croyais et ce qu'il m'a démontré chez nous, c'est Angel (Marcos). Je pensais qu'il avait la capacité, le recul et l'expérience pour réussir.

J.-C. Suaudeau. Avec Raynald, on était indissociable. Personne ne bronchait autour. Je n'irais pas à dire jusqu'au président mais presque... On avait entière liberté. Robert faisait le tampon entre les deux. Depuis que le loup est parti ! Trop longtemps, je couvrais l'ensemble. Après, Raynald a fait ce qu'il avait à faire. S'occuper de la compet ! Mais avant de partir, je me suis fait entendre. Je le répète : je voulais rester. Robert, ne rentre pas dans les détails, ils ne comprendront pas.

Voir des adjoints qui deviennent entraîneur, ça vous inspire quoi ?

J.C Suaudeau. Tout dépend de quel adjoint ! Raynald, lui, il a été coopté. C'est différent.

Propos recueillis par P.-Y. ANSQUER et Ch. DELACROIX.

Ouest-France

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