Édition du mardi 22 mai 2007
« Une vente, c'est quatre à six mois minimum »
Le groupe Dassault ne s'est toujours pas officiellement positionné sur ses intentions pour la saison prochaine. Mathieu Blondel, manager du cabinet de conseil Arthur D. Little, rappelle qu'une éventuelle vente serait le fruit d'un long feuilleton. Avis de spécialiste.
Comment s'établit le processus de vente d'un club de football ? Déjà, il n'est pas plus long que pour une entreprise classique. L'accord préliminaire peut intervenir au bout de deux ou trois mois, période durant laquelle une banque d'affaires va être mandatée par le vendeur pour trouver des acheteurs potentiels. Ensuite, il convient de rajouter deux autres mois durant lesquels l'acheteur potentiel en question, qui a toujours possibilité de se rétracter, va mandater des auditeurs et des consultants pour évaluer le club. Le closing, en d'autres termes la signature ferme, intervient donc au bout de quatre à six mois. Si on prend l'exemple de l'Olympique de Marseille, Kachkar aurait été le patron fin août pour une opération entamée en janvier. Même si on peut aller plus vite, une certaine période semble incompressible. Pour revenir au cas du FC Nantes, elle se situe à deux mois. En tout cas, la période n'est pas la plus propice pour une vente. D'abord parce que la saison touche à son terme, ensuite parce que le club descend. On parle d'un budget passant de 46 à 25 millions d'euros là où la moyenne des clubs de L2 vit avec 10 millions d'euros. De 25 à 30 m €, les droits TV vont ainsi passer à cinq. Si les recettes sont divisées par deux, il faut réduire de même les coûts sous peine de continuer à perdre de l'argent... Or les deux seuls postes compressibles sont la masse salariale du groupe professionnel et le coût du centre de formation, qui sont pourtant le coeur de votre entreprise. Cela veut également dire que vous misez sur une baisse minime des recettes billeteries et sponsoring. Je ne dis pas qu'il s'agit d'un budget irréaliste mais qui laisse peu de marges.Justement, la descente change t-elle le prix d'une vente éventuelle ?Sa valeur diminue dans un rapport de deux à trois. Ensuite, concernant la méthode utilisée par les banques d'affaire pour valoriser le capital, il existe en Angleterre un marché assez mature pour établir la valeur de l'entreprise, dans la mesure où beaucoup de clubs ont déjà été vendus. Souvent, c'est un multiple du chiffre d'affaires. Il est égal à la valeur des capitaux propres et de la dette. Comment détermine-t-on ce X fois le chiffre d'affaires ? Sur deux critères. On regarde dans quelle tranche se trouve le chiffre d'affaires du club et ensuite quelle est son affluence moyenne. Pourquoi le nombre de spectateurs a son importance ? Il représente un signe de popularité et permet d'évaluer son rayonnement local et national. Les supporters, c'est le coeur. Ce sont eux qui achètent les produits dérivés, vont s'abonner au pay per view pour suivre les matches à l'extérieur. Ensuite, on applique une décote de 20 % car le marché français est moins liquide que son homologue anglais où les droits TV sont plus importants, où le chiffre d'affaire global de la Premier League est d'un autre ordre.Acheter et surtout faire vivre un club de football est un gouffre. Qui peut donc vouloir acheter le FC Nantes ? Je ne pense pas que l'Olympique Lyonnais soit un gouffre ! Aujourd'hui, on peut parler de deux types d'acheteurs : les mécènes puis les fonds d'investissement qui s'inscrivent plus dans le développement d'une logique industrielle. Ces derniers sont davantage intéressés par le football car l'inflation sur les salaires a diminué depuis 2004. La masse salariale est plus contrôlée, le marché est davantage raisonné et les revenus se sont développés de manière très significative à l'image des droits TV passés à 600 millions d'euros. Après, ils ont la capacité à acquérir leur stade et donc à développer leurs ventes annexes et générer des revenus. Il ne faut surtout pas tomber dans le panneau du fond d'investissement qui recherche une rapide rentabilité pour vendre. Ca peut durer trois comme dix ans.Propos recueillis par Ch. DELACROIX.
Ouest-France