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Hier, à 6 h 30, de nombreux policiers ont évacué le terrain vague de la rue de la Papotière où 130 Roms environ s'étaient établis depuis décembre. : Marc Roger« On ne passe pas, on a des consignes », répète à loisir l'employé municipal. Sylvie, de Médecins du monde, et Christina, de la Ligue des droits de l'Homme (, ne décolèrent pas. « C'est une première, déplore Sylvie, on nous laisse traditionnellement jouer un rôle d'observateur pendant les expulsions. » « Les droits de l'Homme sont bafoués ! » renchérit Christina.
Cent mètres plus loin, à l'abri de tout regard, le terrain dit de la Papotière, situé dans la rue du même nom, dans le quartier Doulon de Nantes, est évacué. Policiers, huissier et dépanneuses sont à l'oeuvre pour déloger les Roms.
« Une centaine de personnes sont arrivées là en décembre, note Sylvie de Médecins du monde. C'est le plus grand terrain de Nantes. Au printemps, elles avaient déjà failli être expulsées... » Expulsées, mais pour aller où ? On le sait, ces expulsions déplacent le problème. « Ces gens acceptent de vivre dans des conditions épouvantables, observe Sylvie. Sans eau, sans électricité... Ils courent la ville pour scolariser leurs enfants. Ils ne demandent pas des HLM avec cinq pièces ! Personne n'accepterait ça. C'est bien la preuve qu'ils ont besoin d'être ici, qu'ils sont prêts à tout pour y rester. »
« Sous des bâches »
Dans ces conditions, les associations qui suivent les Roms estiment que la seule solution est celle de terrains conventionnés, aménagés dignement. « Aujourd'hui, il y a trois terrains dans l'agglo, explique Médecins du monde. Mais Nantes Métropole n'est pas disposée à aller plus loin. Notre rôle est d'insister... »
Environ 300 personnes vivraient sur les terrains conventionnés et autant sur des terrains en friche. « La dernière fois qu'ils ont évacué un terrain, tout près d'ici, les familles ont perdu leurs caravanes. Depuis, elles se sont installées quelques mètres plus loin, sous des bâches, dans des fourrés... »
Pour Christina, de la Ligue des droits de l'Homme, cette nouvelle expulsion est « illégale ! » S'appuyant sur une lettre de l'avocate des Roms, elle assure que les familles doivent encore bénéficier d'un délai. Mais cela ne changera rien. Les bénévoles n'atteindront pas le terrain de la Papotière, refoulés physiquement par les policiers municipaux.
« Nous ne faisons qu'appliquer une décision de justice, explique un policier à cinq Roms. Les caravanes qui ne sont pas enlevées par vos soins seront à votre disposition à la fourrière. » « C'est faux !, s'étrangle un représentant de la Ligue des droits de l'Homme. Elles ne leur sont jamais rendues ! » Car la plupart des caravanes, qui ne sont pas des premières jeunesses, ne résistent pas aux déménagements à répétition...
Thomas HENG
(avec Clémence HOLLEVILLE)