Airbus : Gérald Lignon prend un vol pour Toulouse
Gérald Lignon (à droite) a travaillé main dans la main avec Gilles Guillon, le directeur d'Airbus Saint-Nazaire : « Nous avons eu à franchir des haies ensemble. »
En six années, l'usine Airbus de Nantes s'est imposée avec son directeur. Gérald Lignon rejoint Toulouse pour unifier les productions en Europe. Jean-Claude Schoepf lui succède.
Une usine nantaise à imposer chez Airbus. Il y a six ans, ce n'était pas gagné. Quand Gérald Lignon est arrivé, son objectif était d'organiser le site pour usiner comme il faut les premiers tronçons de l'A 380 en composites. « Nous devions prouver notre place face aux usines d'Airbus en Allemagne ou en Espagne. » Nantes avait beau afficher deux innovations mondiales avec le tronçon et les entrées d'air du géant A 380, la renommée ne dépassait guère la Loire... Le mot d'ordre était simple : « Continuer à bien maîtriser notre savoir-faire et s'ouvrir. »
Une usine tournée vers la recherche. « J'ai vite compris quel'évolution de l'usine ne pouvait pas se faire toute seule. Que tôt ou tard, nous aurions à travailler très en amont avec la recherche. » Même si à Nantes, déjà, 750 cols blancs imaginaient le futur aux côtés de 1 250 cols bleus. Les Allemands le faisaient depuis longtemps en mariant, sur un même lieu, recherche et école. Les élus locaux et régionaux, avec l'État, s'inscrivant dans ce mouvement, Gérald Lignon a quitté plus souvent son bureau qui surplombe l'entrée de l'usine, route de l'aviation, à Bouguenais, pour aller porter la bonne parole. Place à Technocampus et cette plateforme de recherche autour du composite qui sort de terre. Et aux pôles de compétitivité. « Avec EMC2, j'ai bien pensé que nous aurions pu décrocher une référence mondiale. Notre pôle rassemble une diversité industrielle d'une grande richesse autour du composite, mais qui a manqué de visibilité pour les instances nationales », commente aujourd'hui Gérald Lignon. Place aussi àl'usine étendue. « Travailler avec des partenaires pour leur confier des missions auparavant réalisées en interne. Et surtout, tirer tout le réseau de sous-traitants vers une excellence pour demeurer un avionneur compétitif. » L'arrivée de Daher avec une usine en est la concrétisation.
Un conflit historique en 2007. « Nous avons fait une erreur. » Pas une grève de longue durée en trente ans chez Airbus. Et là, à Pâques 2007, tout s'emballe. La restructuration avec le plan Power 8, Forgeard et ses millions. « Et nous avons fait l'erreur d'annoncer 2 € de prime d'intéressement. Les gens se sont sentis humiliés. » La grève s'étale dans le temps. Gérald Lignon a vécu ce conflit de plein fouet. « Et nous devions gérer sans avoir les leviers localement. » Il a tenu trois impératifs lors de ce mouvement : protéger les hommes, le site et rester à l'écoute. « En direct avec Saint-Nazaire où, avec Gilles Guillon, nous cherchions des solutions communes. Pas une période simple. Tout conflit laisse des traces. »
Une nouvelle aventure àécrire chez Airbus. Depuis 26 ans chez l'avionneur, Gérald Lignon a toujours aimé le défi de la haute technologie appliquée au concret. Héritage d'un papa déjà dans la partie comme ouvrier dans l'armée de l'air ? Certainement un peu, mais aussi une tête cartésienne d'ingénieur prête au challenge. « J'ai commencé aux essais en vol. Nous sommes passés de deux essais par semaine à deux par jour. Là, j'ai compris que je n'allais pas m'embêter dans ce groupe ! » Si Gérald Lignon a particulièrement aimé la direction nantaise pour l'alliance de la vision lointaine à tenir avec les contraintes du quotidien, il va à Toulouse, avec sa famille, pour vivre un autre défi.À la tête de 16 sites et de 1 200 ingénieurs, il devra harmoniser les processus d'industrialisation des avions actuels et futurs. « Un tout nouvel état d'esprit où les usines européennes d'Airbus doivent se sentir unies. » Cela commence par le choix des équipements. « Les machines seront maintenant les mêmes en Espagne, en France ou en Allemagne... Ce n'était pas le cas aujourd'hui. »
Élisabeth BUREAU.
Ouest-France