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Édition du vendredi 29 juin 2007

Anne de Bretagne : les joyaux de la couronne

Coups de projecteur sur les joyaux de l'exposition Anne de Bretagne, avec Pierre Chotard, attaché de conservation du patrimoine au château.

Des trésors de persuasion. Pierre Chotard, cheville ouvrière de l'exposition, a dû déployer des trésors de persuasion pour obtenir le prêt d'un ange reliquaire en argent doré. Le Louvre ne voulait pas le laisser partir. À charge pour les Nantais d'apporter la preuve qu'aucun autre objet ne pouvait le remplacer. Ce qui était le cas. « C'est un des rares objets dont nous avons la certitude qu'il a appartenu à Anne de Bretagne. En plus, il témoigne de la captation de l'héritage par le roi de France. » Il existe deux anges qui ont intégré le trésor royal en 1491 et 1499.

Le désarroi d'une fillette. Parmi les 186 objets et documents de l'exposition, c'est un petit billet qui a le plus ému Pierre Chotard. « Anne l'a dicté le 10 septembre 1488, sept jours après la mort de son père, François II. Réfugiée à Guérande pour fuir une épidémie à Nantes, elle n'avait que 11 ans et s'adressait aux bourgeois de Rennes pour leur demander conseil. Le ton laisse percevoir le désarroi de la fillette. Le billet porte des traces de pliures répétées, ce qui laisse supposer des conditions de transport difficiles, par coursier, car habituellement ce type d'écrit voyage à plat. »

Le multimedia et l'enluminure.
Sur le plan historique, c'est l'un des documents les plus riches, estime Pierre Chotard. Tout est dit dans cette enluminure de 1503. Le roi Louis XII s'adresse à une femme représentant la raison, l'index royal est pointé vers Anne de Bretagne, placée en bas de l'image. Celle-ci porte sa fille Claude. Le roi a un problème. Il n'a pas eu de fils. Il demande conseil. L'allégorie de la raison regarde vers Claude, future épouse de François Ier... L'exposition propose le document original, et utilise un outil multimédia qui aide à décrypter le sens caché de l'image. Pour cela, il suffit de promener la souris sur les personnages de la version numérique de l'enluminure.

Les questions que se pose le public. Comment vivait un enfant royal comme le petit dauphin Charles Orland, avant son décès, à l'âge de trois ans ? Anne de Bretagne était-elle pieuse ? Était-elle belle ? Que connaissait-elle de son duché ? Que reste-t-il de ses trésors ? Que sait-on de la musique à la cour d'Anne de Bretagne ? Les auteurs de l'ouvrage qui accompagne l'exposition ont tenté de répondre aux questions que peut se poser le public. Les textes ont été rédigés par 14 auteurs, la plupart universitaires, dont Didier Le Fur, biographe d'Anne de Bretagne. Un très bel ouvrage, de plus de 200 pages, autant d'illustrations, qui va bien au-delà d'un catalogue. (28 €).

Deux ans de travail. C'est le temps qu'il a fallu pour concevoir l'exposition, entrer en relation avec les possesseurs des objets et documents, et monter l'exposition. Ce travail a été animé par Pierre Chotard, attaché de conservation du patrimoine, dont c'est la première exposition au château des ducs de Bretagne...

Un regard Européen. C'est celui que porte Yannick Guin, adjoint à la culture, sur l'exposition temporaire du château. « Cette exposition est exceptionnelle par la qualité des documents, le travail historique, et les aspects plus politiques. Elle fait apparaître la Bretagne dans l'Europe de l'époque. Une Bretagne qui tente de se défendre contre le grand état français en train de se constituer ; un état puissant et agressif, alors que d'autres pays comme l'Allemagne ou l'Italie empruntent d'autres chemins. »

Marc LE DUC.

Pratique. Du 30 juin au 30 septembre, tous les jours au château des ducs de Bretagne, de 9 h 30 à 19 h. L'exposition : 5 €/3 €. Tél. 0 811 46 46 44.

Ouest-France

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