Édition du jeudi 28 juin 2007
Anne de Bretagne, superstar depuis cinq siècles
Le château des Ducs de Bretagne consacre son expo d'été à cette figure qui connut la surmédiatisation posthume, surtout aux XIXe et XXe siècles.
Qui était Anne de Bretagne ? Le mythe a fait oublier son histoire réelle, comme il arrive aux stars modernes. La duchesse-enfant n'est pas l'impératrice Sissi, ni Marylin Monroe, mais elle a avec elles un point commun : la médiatisation.Les médias du XVe siècle sont les manuscrits enluminés, instruments de la propagande royale. Comme l'explique Pierre Chotard, commissaire de l'exposition nantaise : « Anne fut, selon les points de vue, une reine idéale, plus duchesse que reine, une Bretonne irréductible. » Séparer l'histoire du mythePierre Chotard a pris le parti de décrire distinctement les deux réalités : l'histoire et le mythe. Anne de Bretagne a fait écrire. Et travailler les imaginations. Il s'agissait de démêler l'histoire de la mythologie en s'appuyant sur des objets historiques incontestables. « Ces originaux, qui viennent du monde entier, parlent et racontent l'histoire d'Anne de Bretagne. » Ils ne répondent certes pas aux questions les plus fréquentes des visiteurs du château, lieu de naissance d'Anne : Où est sa chambre d'enfant ? Où sont ses sabots ? Ses bijoux ? Après Anne de Bretagne, le château devint une coquille vide. Elle vivait à la cour d'Amboise, à Paris, Lyon et Blois. « Elle y a passé quelques années de son enfance et ensuite quelques mois seulement. »Une icône du XXe siècleAnne de Bretagne a connu l'autre avatar des figures mythiques : elle fait vendre. Au XIXe siècle, elle devient une figure centrale du patrimoine breton. Un vrai label qui anticipe l'actuel « produit en Bretagne » : affiche ferroviaire, faïenceries, cartes postales, produits alimentaires et autres dérivés sont signés du profil de la Duchesse, élevée au rang d'icône quasi-warholienne. « Utilisée pour le tourisme, promue par les fêtes folkloriques, l'image d'Anne devient une sorte d'AOC pour les productions bretonnes », remarque l'historien Didier Guyvarc'h. Gardienne des privilèges bretons, duchesse en sabots, paysanne et catholique, elle devient même aux yeux des celtomanes une boiteuse mal nippée, pas spécialement belle mais têtue, puisque bretonne. Anne a donc eu de nombreuses vies. Mais ce qu'on retient d'elle aujourd'hui, c'est peut-être son destin : duchesse de 11 ans, reine à 14 ans et décédée à 37 ans après avoir vu mourir sept de ses neuf enfants. Marchandisée, starisée, revendiquée par tous, Anne reste l'enfant jetée dans les tourbillons de l'histoire. Une histoire qui, 530 années après sa naissance, nous touche encore.Daniel MORVAN. « Anne de Bretagne, une histoire, un mythe » : exposition du 30 juin au 30 septembre. Ouverture 7 jours/7. Cour et remparts : 9 h à 20 h. Nocturnes jusqu'à 23 h le vendredi soir. Pendant la programmation « Aux heures d'été », du 10 juillet au 17 août à partir de 20 h, concerts le mardi, cinéma de plein air le 15 août, et bal breton le 17 août. Musée et exposition : de 9 h 30 à 19 h. Musée ou exposition : 5 €/3 €. Musée + exposition : 8 €/4,80 €. Château des Ducs de Bretagne - Musée d'histoire de Nantes, 4, place Marc-Elder 44000 Nantes. Tél. 0 811 46 46 44.
Ouest-France