Édition du jeudi 08 février 2007
Au château, le multimédia n'est pas un gadget
Écrans haute définition, puissants ordinateurs... Les équipements multimédias font une entrée spectaculaire au musée du château.
Nantes, 1757. La ville abat ses murailles, s'agrandit, se transforme. Manette entre pouce et index, le visiteur survole un plan de Nantes, et plonge vers les quais, découvrant sur l'écran grand format la halle aux grains, alors en construction face à l'île Feydeau. Un air de déjà-vu ? Normal. Les arcades abritent aujourd'hui des établissements comme le Flesselles. La visite, en trois dimensions, de Nantes au 18e siècle est l'une des réalisations les plus spectaculaires proposées au musée du château des ducs de Bretagne. Étonnant de réalisme, à l'exception des bateaux sur la Loire dont les détails auraient exigé des fichiers trop lourds pour les ordinateurs. On dirait un jeu pour la console de votre ado préféré. Sauf qu'ici chaque détail résulte d'une démarche scientifique. « Les réverbères n'ont pas été placés au hasard, leur emplacement exact est tiré d'un appel d'offres de l'époque », fait remarquer Christophe Courtin, responsable du secteur multimédia au musée du château. De la même façon, Françoise Lelièvre (Drac) et Bertrand Guillet (conservateur en chef du patrimoine) ont utilisé gravures, peintures, photographies pour nourrir les ordinateurs de la société Axyz qui ont reconstitué la ville du 18e. Dans la salle dévolue aux quatre écrans, l'oeil peut même effectuer un aller-retour entre l'animation moderne et les gravures anciennes, vérifiant que rien ne manque.Le musée a gardé la mainTrès tôt, Marie-Hélène Jouzeau, la directrice du château, a pris la décision d'intégrer le multimédia au parcours muséographique. « Ce n'est pas un gadget », insiste Christophe Courtin. Le multimédia éclaire les objets, les fait parler, parfois les remplace. Comment évoquer Anne de Bretagne, alors qu'il ne reste que le reliquaire ? Réponse : avec une animation projetée à même le granit. De la même façon, des bornes situent Nantes dans l'Europe négrière, ou font défiler le journal de l'Occupation à Nantes pendant la Seconde guerre mondiale. De façon extrêmement séduisante, d'autres bornes font passer des images du passé à des scènes contemporaines, filmées au même endroit. Tout ce travail a pris deux ans. « Les scénarios, écrits par les conservateurs, étaient ensuite soumis aux prestataires de service. Le musée a gardé la main sur l'intégralité du contenu. » Christophe Courtin pointe aussi la qualité technique des équipements. « Dès 2002, le choix de la Haute Définition a été fait. » Les ordinateurs, dit-il, sont « des bêtes de course ». Et côté prestataires, les meilleurs ont été retenus, uniquement sur des critères de qualité. « Un soin particulier a été apporté à l'ergonomie, avec la volonté de rendre ces équipements accessibles à tous. La technologie ne doit pas être un frein. » Elle ne l'est pas. Pas plus que n'est incongrue la présence du multimédia dans les murs du XVe siècle. À son époque, le duc de Bretagne, était, lui aussi ouvert à ce qui se faisait de plus moderne en matière d'arts et de culture.
Ouest-France