Édition du dimanche 28 octobre 2007
Aurélien Capoue, le mutant
Le FC Nantes se déplace lundi (20 h 30) à Niort. L'occasion de revenir sur le contrasté passé du milieu gauche, Aurélien Capoue, natif des Deux-Sèvres.
Il n'a pas envie de s'embêter avec ses aigreurs. Aurélien Capoue se refuse par conséquent à la presse régionale. Lui, l'introverti, s'extériorise sur le terrain. Déjà une victoire en soi après trois ans d'anonymat, de critiques caricaturales et justifiées, de quolibets ramassés à la Beaujoire. En 2004, le môme, encore aveuglé par les lumières, n'était peut-être pas armé pour le grand saut : Romorantin - Nantes, en ligne directe. Naturellement, il a déçu, irrité. « Quand on bascule du National à la Ligue 1, il existe un fossé sportif et financier à gérer. On peut considérer que c'est l'apothéose ! Cela faisait trop de choses à intégrer en très peu de temps », justifie Jacques, son père, aujourd'hui entraîneur à Saint-Maixent (Deux-Sèvres). « Un bon garçon, mais influençable » Depuis tout petit, le talent brûle les pieds d'Aurélien. Tout le monde en convient bien volontiers. « Le jeu passe par la technique, celle que mon père m'a transmise et que je me suis évertué à léguer à mes enfants. » Jacques fait référence à Aurélien mais aussi Julien, l'aîné, stoppé en plein vol par une opération des ligaments, Etienne, le minot, aujourd'hui pensionnaire du centre de formation de Toulouse et déjà champion d'Europe avec les 19 ans, sans oublier le cousin, Jean-Michel dont la carte de visite comporte un passage par la L1 et l'AS Cannes. Une fratrie, élevée au lait des Chamois Niortais. « Aurélien avait sept ans quand il a signé sa première licence. » Avec le paternel, éducateur dans le chef-lieu des Deux-Sèvres durant une dizaine d'années, il a atteint les quarts de finale du championnat de France des quinze ans. Avec Jean-Pierre Guennal, il a été viré, deux ans plus tard ! « Au niveau du travail foncier, il était toujours devant. De même, il possédait déjà une super patte gauche, se souvient l'ancien professionnel brestois. Si on ne l'a pas gardé, ce n'est pas tant ses qualités footballistiques car il s'agissait d'un bon joueur, mais pour tout ce qu'il pouvait faire en dehors, qui nuisait à la vie d'un futur footballeur. Un bon garçon, mais influençable. » Le don et la tronche ne suffisent pas pour se construire un destin. De même, la désobéissance n'est pas toujours la plus grande qualité humaine. Joël Coué, aujourd'hui vice-président des Chamois : « une forte personnalité. Il fait partie de ces jeunes qui nous ont parfois débordés. Être pensionnaire du centre dans sa ville natale n'est pas toujours une bonne chose. » Au nom de la solidarité familiale, Jacques, le père, corrige le tableau. « Ce n'est pas un voyou ! Oui, il a du caractère. Je crois surtout qu'il n'est pas tombé sur les bonnes personnes pour le canaliser. Aurélien a besoin de quelqu'un qui le domine. » Le fil a donc cassé. Le funambule a fini par tomber. Déséquilibré par un environnement incapable de sonner le tocsin. Il n'a pas tout de suite mesuré l'étendue des dégâts mais su rebondir. Saint-Liguaire (DRH), Fontenay-le-Comte (CFA), Romorantin (National) et enfin Nantes où il vient de prolonger jusqu'en 2010. « La première fois que je l'ai vu, je me suis dit : on ne peut ne pas le prendre, se remémore Robert Budzynski. Il avait une ou deux qualités hors normes. Il peut courir à répétition, va vite et dispose d'une patte gauche, qu'on n'a d'ailleurs pas retrouvée à Nantes. Bien sûr, j'avais entendu dire qu'il faisait le con... » « Aurélien est devenu plus raisonné et raisonnable »L'ancien directeur sportif du FC Nantes devient vite critique. « Combien a-t-il marqué ou donné de buts cette saison ? Deux ? trois ? » En réalité un seul. « Il doit faire mieux même s'il y a un mais... Il devrait solliciter davantage dans les espaces, être plus altruiste. Lui croit que ces courses sont inutiles si on ne lui donne pas le ballon à l'arrivée. Il doit également arriver à maîtriser une certaine angoisse dans la virulence qu'il rencontre. En face, les mecs savent qu'il a un peu peur. La surmonter lui permettra de marquer davantage, car il a du pied, et de progresser dans le domaine aérien. » Plusieurs fois, Bud a dû convoquer le père dare-dare. « Je pensais qu'il franchirait en deux temps trois mouvements cette étape. » Pas toujours de lumière au grenier selon certains caciques de la maison jaune. À 25 ans, depuis la fin du mois de février, tout semble rentrer dans l'ordre. Bien sûr, il ne s'agit que de la L2. « N'empêche, il a franchi un cap depuis la Gold Cup et son retour de Guadeloupe, est persuadé son paternel. Il a emmagasiné beaucoup de choses, est devenu plus raisonné et raisonnable. On le sent épanoui, bien dans ses baskets. Il y a des signes qui ne trompent pas. Nous avons des discussions plus constructives, il me demande davantage de conseils. » Aurélien a peut-être fini par passer le cap de l'adolescence prolongée. Il a également peut-être trouvé en Michel Der Zakarian l'entraîneur rigoureux et compréhensif qu'il recherchait. « C'est quelqu'un qui joue au feeling, une personne attachante qui a besoin de cette confiance mutuelle pour s'exprimer pleinement même si à mon goût il n'entreprend pas assez. Aurélien a besoin de challenges, de sentir qu'il n'y a jamais rien d'acquis. » Même les noctambules, le disent assagi. Un avis qui ne trompe pas. Christophe DELACROIX.
Ouest-France