Élégance d'un très grand monsieur de la chanson, souvenirs d'enfance chez Decré, générosité musicale sans faille... Charles Aznavour a offert au Zénith un magnifique concert.
D'abord, cette élégance, sa voix en retrait qui présente avec des mots choisis, la jeune chanteuse Agnès Bilh. Laquelle donne une jolie tonalité, tour à tour espiègle ou grave, mutine et ciselée, aux premiers instants de la soirée. Ensuite, cette manière d'arriver en scène sans fanfare ni trompette. Juste dans un petit halo de lumière blanche comme au cabaret. Vive comme l'éclair, la petite silhouette noire ouvre le bal des nouveaux titres, sans temps mort aucun. Avec une prestance alerte de jeune homme, il chante la terre qui meurt, la banlieue, la solitude et enchaîne les airs de son nouvel album Colore ma vie, enregistré à Cuba avec Chucho Valdes. Pour l'instant pas d'adresse au public, juste quelques saluts discrets et cette chanson J'abdiquerai comme un sourire un peu moqueur à ceux qui voudrait déjà des fleurs, des couronnes et des regrets éternels. Un choeur de 8 000 personnesChangement de registre en seconde partie de soirée. Cette fois, il a décidé de remonter le cours des ans. Et prévient ceux qui voudraient aller un trop vite en besogne : «J'ai décidé de tenir encore longtemps. Si tout le monde peut vivre désormais jusqu'à 120 ans, je pense que je peux faire mieux.» Ovation sans fin, émotion palpable. Le voici maintenant, royal et généreux, qui entame presque un nouveau tour de chant en picorant les années. Mémoire des rencontres : le compositeur Pierre Roche du temps où Piaf chantait leur chanson à tous deux (Il pleut), Gilbert Bécaud le temps d'une bossa, Georges Garvarentz : «Le mari de ma soeur mais aussi le merveilleux compositeur de Je n'ai rien oublié.»Maintenant celui qui se voyait déjà arpente le temps, évoque les plaisirs démodés sous une boule tango, La bohème et le temps qui passe. Un instant il s'arrête pour évoquer la ville : « C'est la première fois que je viens ici (au Zénith) mais je suis déjà venu à Nantes. Une des premières fois, je devais avoir 11 ans. On dormait à la pension Les Poussins et on allait aux grands magasins Decré pour les fêtes de Noël.» Applaudissements redoublés, encore et encore, mais il abandonne un mouchoir blanc à la salle comme un au revoir sur un quai de gare. Puis non, repart d'un petit pas de danse pour d'autres titres encore... Avant la révérence et cette ultime élégance « A mon âge je ne vais pas vous faire ça: saluer, partir en coulisses, revenir, saluer de nouveau... Alors j'ai préparé quelques rappels. » Cette fois c'est un choeur de 8 000 personnes qui accompagne le monsieur et chante Emmenez moi. C'est dans ces moments-là sans esbroufe, sans chauffeur de salles, avec cette touche professionnelle rehaussée par un vrai goût du public qu'on est sûr d'avoir assisté à un moment rare. Merci Monsieur Azanavour. Yves AUMONT.