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Édition du mardi 21 septembre 2004

Brumachon, de l'opéra à l'usine

Claude Brumachon aime quand les chemins se croisent. Après le Festin l'an dernier, le chorégraphe continue de rompre les frontières. A l'opéra, il veut faire résonner les voix sur la peau des danseurs. Dans une usine désaffectée, il imagine faire palpiter le sentiment de peur. Ce sera à Limoges en janvier et (peut-être ?) à Nantes en juillet 2005. Avant, à la demande du public, le Centre chorégraphique national de Nantes (CCNN) se remet dans le corps sept pièces de son répertoire.

« Tant que nos corps tiennent le coup ! » Redonner une pièce créée en 1988 n'est pas une mince affaire. « Il faut ressentir et faire partager à de nouveaux danseurs ce que l'on ressentait à l'époque. » Texane, Le piédestal des vierges sont des pièces très griffées années 1980. « A l'époque, on était très speed. On cherchait un style et du côté du public, c'était tout ou rien. On aimait ou on détestait. » Ceux qui ont aimé ont réclamé ce coup d'oeil dans le rétroviseur : sept pièces (avec Icare, Lola, Fauves, Bohèmes et les Coquelicots sauvages) seront remontrées du 19 octobre au 10 novembre au studio Jacques-Garnier ou au théâtre Graslin.

« Claude Brumachon à l'opéra ? On m'a dit que ce n'était pas surprenant ! » Avec Orphée de Gluck, créé au grand Théâtre de Limoges en janvier prochain, le chorégraphe aborde un monde nouveau. « Je plonge dans l'inconnu tout en me disant que je connais les ficelles. » Sur la scène se retrouveront danseurs du CCNN et danseurs de Limoges, et les solistes de l'orchestre et du choeur du Grand théâtre de Limoges. « Je veux amener de la charnalité, montrer le corps à cru, dépouillé face aux voix. Les chanteurs m'ont dit eux-mêmes qu'ils voulaient bouger ! »

« Phobos, c'est un coup de coeur pour un lieu où j'ai imaginé mille histoires de corps. » Ce projet est encore présenté comme un « événementiel éventuel ». Le lieu est connu : une ancienne usine de l'île de Nantes, à côté des hangars Alstom, derrière le Blockaus. Un lieu « d'une telle abstraction qu'il en devient terrible, fascinant et repoussant à la fois. Le spectateur déambule au milieu d'improbables situations charnelles. » Phobos, ce sont onze danseurs qui pourraient déambuler à onze heures du soir, au début de l'été prochain (dates à confirmer).

« Une forte implication dans l'art, c'est aussi une implication locale. » C'est sûr, le planning 2004-2005 est déjà chargé : les créations, les reprises, les répétitions publiques, le festival Connivences... A cela s'ajoutent l'accueil de sept autres compagnies qui répètent et se produisent ; une création avec les élèves en art dramatique du Conservatoire national de région ; une autre avec une classe de CE2 de l'école Maisonneuve à Nantes (Peter Pan, aux Connivences). Plus divers stages. Lourd programme. « On est une équipe ! » se rassure Claude Brumachon. Dans son sillage, évoluent les douze danseurs de la compagnie. Avec eux, il continue de creuser le sillon de la création.

(1) Pour cela, le CCNN reçoit une subvention de 45 000 €. Qui s'ajoutent, en 2004, aux subventions de la Drac (438 000 €), de la Ville (250 000 €), du Conseil régional (73 000 €), Conseil général (6 000 €). Pour un montant de recettes propres équivalent à 400 000 €.

Isabelle LABARRE.

Ouest-France

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