Édition du mardi 05 février 2008
C'était aussi la folle journée à Carquefou
Les Carquefoliens ont vécu, dimanche, leur jour le plus long à eux. Retour sur une journée extraordinaire.
7 h 14. Le réveil s'apprête à sonner, mais Denis Renaud ne lui en laissera pas le temps. « La nuit a été très courte », avoue l'entraîneur carquefolien. Le rendez-vous a été fixé à 7 h 30 pour le petit-déjeuner collectif. Autour de la table, à l'hôtel, les visages n'ont pas effacé les stigmates de la nuit. « Le dimanche matin, je me couche parfois à cette heure-là, c'est plus rare que je me lève, rigole Alban Joinel. On n'était pas au top, j'ai vu des tartines tomber dans les bols et éclabousser leur propriétaire. » Pas de noms, discrétion oblige.
10 h 30. Après une petite sieste, les joueurs de l'USJA se retrouvent encore à table, pour le déjeuner, cette fois. Au menu, féculents, viande blanche et poisson, le régime du sportif. « Et à 10 h 30 en face d'une escalope, tu ne fais pas le malin », frissonne Alban Joinel. Après la tarte aux pommes, une petite promenade autour de l'hôtel pour bien digérer.
12 h 40. Les clefs des chambres sont rendues, les sacs sont prêts, et tout le monde se retrouve dans une salle de conférence pour la causerie de Denis Renaud. Au menu, une vidéo où jeunes et bénévoles du club sont interviewés et une intervention de l'entraîneur carquefolien. « C'était hyperpoignant, surtout les gamins, détaille Thomas Letapissier. Denis nous a dit que c'était une L1, mais que c'était jouable. Il a dit qu'il ne voulait pas que ce soit la dernière causerie de la Coupe, il a pris certains d'entre nous à part pour les booster. Quand je suis sorti, j'avais à la fois envie de pleurer et de tout casser. »
Des prothèses pour Puygrenier
13 h 15. Le car démarre pour parcourir le kilomètre qui sépare l'hôtel du stade. « D'habitude, chacun prend sa voiture, indique Christophe Letutour, le grand blessé. Là, on était en bus, escortés par des voitures et des motos de police. C'était du sérieux. Et on est arrivé en même temps que les Nancéiens. »
15 h. M. Fautrel siffle le coup d'envoi. « À ce moment-là, je rentre dans mon monde, explique Denis Renaud. Je dois analyser le match, prendre du recul, pour qu'à la mi-temps, je trouve les mots qui permettent aux joueurs d'aller dans une direction différente. » Sur le terrain, les Carquefoliens sont crispés, à l'image de Thomas Letapissier, qui a du mal à contrôler Issiar Dia. « Ça m'arrive souvent de mal démarrer mes matchs. Là, je n'étais pas assez serein au niveau de la maîtrise technique. »
16 h 26. Carquefou a bien repris le match, mais Fortuné file au but et pique son ballon par-dessus Joinel. « Je me dis, m..., ça y est, raconte le gardien carquefolien. Et là je vois mon Totom qui se jette dessus. Il s'est suicidé sur ce coup-là, et pourtant il n'est pas souple. » Thomas Letapissier vient de sauver sur sa ligne d'un retourné désespéré. « Un geste défensif d'une qualité rare, souligne Denis Renaud. C'est une image forte de la volonté de cette équipe. »
17 h 05. La frappe de Lafleuriel rebondit sur la barre, mais Delanoë a suivi. Carquefou mène 1-0. « Quand Laurent marque, c'est l'explosion, se souvient Christophe Letutour. Heureusement que je n'avais pas mes béquilles avec moi, tout le monde se serait pris les pieds dedans. »
17 h 22. Idrissa N'Doye élimine Puygrenier, centre pour Sébastien Le Paih qui envoie Carquefou au paradis. « Puygrenier, il a fini à l'hôpital de Rezé, ils ont dû lui poser des prothèses, Idriss lui a cassé les hanches », se marre Joinel. « J'avais vraiment hésité à le faire débuter d'entrée, révèle Denis Renaud. Il a su accepter de démarrer sur le banc. Je suis content pour lui. »
18 h 15. Denis Renaud quitte un vestiaire encombré pour répondre aux questions de la presse. « Le vestiaire était étouffant, il y avait trop de monde qu'on ne connaît pas. » Serein, malgré tout, l'entraîneur de l'USJA ira reprendre son souffle avec sa famille, autour d'une bière. « Sans alcool », précise-t-il.
20 h 45. Les Carquefoliens exultent, ce sera Monaco ou Marseille, à La Beaujoire. « Dans la tête, on pense tous à Marseille, avoue Pierre Mauget. Et on apprend vite qu'ils mènent 2-0. Taper Marseille, c'est super. » Dirigeants, entraîneurs et bénévoles partent dîner en ville, et les joueurs se retrouvent dans un bistro nantais, propriété d'un couple d'amis de Sébastien Le Paih.
0 h 30. Denis Renaud et ses adjoints Joseph Cormerais et Stéphane Figureau rejoignent les joueurs. Pour certains, la fête durera jusqu'à 5 h du matin. « Tout le groupe était là, et ça a été chaud », rigole Pierre Mauget. Des abus ? « On a fait des concours de cul sec avec du Cacolac », lance Joinel, pince-sans-rire. « C'était sympa, décontracté, apprécie Denis Renaud, plus raisonnable. À 3 h, je suis remonté tranquillement dans ma voiture, et je me suis dit que c'était quand même une sacrée journée. »
Julien ROPERT.
Ouest-France