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FC Nantes-Atlantique

Édition du mercredi 11 avril 2007

Carlo Molinari : « La L2, punition économique »

Mémoire et président du FC Metz depuis 1967, Carlo Molinari évoque la seconde rétrogradation de son club en quarante ans.

 

Carlo Molinari, quels changements accompagnent une descente en Ligue 2 ?

« Le président reste toujours le même, mais les soucis deviennent plus importants. Il faut savoir que la relégation est une punition sportive, mais surtout une immense punition économique. Un club moyen comme nous, qui tourne en L1 avec un budget de l'ordre de 26 millions d'euros, se retrouve d'un coup d'un seul, obligé de faire avec 14 millions de recettes. Imaginez les dégâts que cela peut occasionner quand vous êtes un club fortement structuré, que vous disposez d'un centre de formation qui coûte plus de trois millions d'euros par an et que vous ne souhaitez pas changer votre mode de fonctionnement car vous espérez remonter l'année d'après. »

Comment construit-on son budget ?

« Les recettes sont pour ainsi dire divisées par deux mais les dépenses à quelque chose près, demeurent les mêmes. Résultat : vous avez une impasse financière importante à la fin de votre saison en L2. Avec 20 millions de dépenses, il va nous falloir trouver des compensations financières ou des subventions exceptionnelles, qui pratiquement n'existent plus auprès des collectivités locales. C'est donc au propriétaire des clubs ou aux actionnaires de compenser l'impasse. Éventuellement, vous êtes condamnés à transférer votre meilleur joueur pour équilibrer. La première année, vous disposez d'une aide à la relégation de l'ordre de deux millions d'euros, ce qui nous permet encore de faire partiellement la soudure. Après, si par malheur, vous ne montez pas, il faut à mon sens tout redimensionner, à moins d'avoir derrière soi la Principauté de Monaco ou Canal Plus. Il faut alors passer de 110 employés à la moitié, couper le budget formation, ramener les dépenses à la hauteur de vos recettes. Celui qui descend et s'embourbe pendant trois, quatre ans comme Nancy par le passé souffre terriblement. »

La première mesure qui accompagne une relégation n'est-elle pas de trouver les fautifs ?

Écoutez, quand vous avez accompli une saison désastreuse comme cela nous est arrivé l'an dernier, les coupables sont vite désignés. Dès les premiers six mois, nous avions compris que nous nous étions trompés lourdement sur le recrutement. Nous avons balayé tout ça. On a dégagé, transféré ou laissé partir ceux qui nous ont conduits dans le mur et nous sommes repartis avec d'autres garçons, en faisant très attention à leur mentalité. Dans la mesure du possible avec des joueurs au coeur grenat, à savoir, soit des joueurs de formation messine partis ailleurs quelque temps comme Léoni, Julien François ou Daniel Gomez qui connaissaient la maison, soit des joueurs issus de notre centre de formation. Plus quelques joueurs désireux de rebondir, mais disposant de la mentalité appropriée pour pouvoir refaire une année de L2. Je prends l'exemple de Cardy, barré à Toulouse, irréprochable chez nous. Il ne faut surtout pas se tromper dans le choix des joueurs. Au-delà de l'aspect technique, la possibilité et la capacité à recréer un groupe demeurent très importantes, voire primordiale. En plus, nous avons eu la chance de confier la reconstruction de ce groupe à un garçon comme Francis de Taddéo. C'est une de nos réussites. »

Comme pour les joueurs, certains entraîneurs sont-ils plus à même justement de conduire une équipe vers la Ligue 1 ?

« Déjà, lors de notre remontée en 2002-03, nous avions l'homme idoine avec Jean Fernandez, quelqu'un de très proche des joueurs, très impliqué, sachant écouter, passionné comme peut l'être aujourd'hui Francis de Taddéo. Si vous avez à l'inverse un garçon qui ne connaît pas la L2, qui n'est pas forcément un gagneur en soi, un battant, un meneur d'hommes, cela sera difficile. Si vous n'avez qu'un technicien, si on peut dire, auquel il manque cette gniac indispensable pour remonter, vous allez passer à côté. Il faut se battre ! Sur 38 matches, il faut en gagner 20 et ensuite réaliser quelques matches nuls pour arriver à 70 points. Il y a très peu d'espace pour la défaite en L2. »

Vous avez découvert de nouveaux collègues ?

« Le seul point positif de la L2 concerne la convivialité tout à fait remarquable entre présidents que l'on ne retrouve pas à l'étage supérieur. Les collègues sont généralement des gens très humbles qui aiment le foot, sont là pour le servir et n'ont pas d'arrière pensée si ce n'est de défendre les couleurs de leur club avec leur coeur. Avec l'arrivée de grands groupes comme Pinault ou autres, on se retrouve avec des présidents non issus du sérail, qui dirigent leur club comme une autre filiale. »

Et concernant le quotidien des joueurs, sont-ils astreints à de nouvelles règles de vie ?

« Les déplacements étant aussi lointains, on est resté sur l'avion et le bus selon la distance. Forcément, les primes de matches ont été ramenées aux possibilités du club, même si les joueurs ne sont pas trop pénalisés. Ça va chercher dans les deux tiers de la prime de L1. »

Propos recueillis par Christophe DELACROIX

Ouest-France

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