Édition du samedi 16 février 2008
Christian Bekamenga : un passeport pour l'attente
L'époque à laquelle les joueurs du continent africain pouvaient rejoindre un club français sans difficulté est révolue. Le dossier Bekamenga en atteste.
« L'époque des passe-droits est révolue. » Jacky Soulard, le directeur de l'administration sportive du FC Nantes résume parfaitement la situation. Pendant des décennies, le football a en quelque sorte constitué une « exception culturelle ». Le renforcement du dispositif législatif sur l'immigration complique singulièrement, doux euphémisme, les démarches administratives et l'entrée des recrues africaines sur le territoire. Le feuilleton Christian Bekamenga symbolise cette nouvelle donne.
L'international espoirs camerounais a été contacté début décembre. Le 1er janvier, il paraphait un contrat portant sur quatre saisons et demi en faveur du FC Nantes. Six semaines plus tard, l'attaquant n'a toujours pas posé les pieds sur le sol français, même si son arrivée est « imminente » selon les dirigeants nantais. « Auparavant, c'est le genre de dossier qui aboutissait après une dizaine de jours de démarches administratives, précise Jacky Soulard. Il suffisait que le joueur obtienne un visa touristique valable pendant quatre-vingt-dix jours, le temps de monter un dossier d'intégration et d'obtenir une carte de travail. »
Les footballeurs pas prioritaires
Une simple formalité eu égard aux trésors de diplomatie qu'il convient désormais de déployer. Christian Bekamenga est bloqué depuis deux mois à Yaoundé. Son dossier serpente dans les méandres de l'administration. « L'ambassade France à Yaoundé nous a clairement signifié que les footballeurs n'étaient pas prioritaires. » Les temps changent. Auparavant, et le FC Nantes n'a sans doute pas fait exception à la règle, l'envoi d'un maillot ou d'une photo dédicacée, s'il n'accélérait pas systématiquement la procédure , permettait parfois à un dossier de grapiller quelques places vers le haut de la pile. Au pire d'entretenir les bonnes relations, de consolider ses réseaux. Peine perdue depuis la multiplication interlocuteurs (Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations, Direction départementale du travail et de l'emploi, ministère de l'Intérieur, ambassades...).
Autre contrainte: les clubs doivent justifier leur choix. « On est obligé de consulter la liste des chômeurs français avant d'engager un footballeur étranger, pour voir si on ne dispose pas du même profil de joueur recherché en France. Il faut qu'on explique nos motivations. » À ce titre, la détermination des dirigeants nantais à faire aboutir le dossier Bekamenga au plus vite s'est heurtée à de nombreux écueils. « Le joueur doit fournir un certain nombre de pièces, comme un acte de naissance par exemple, un acte de décès en cas de disparition d'un des parents. Ce n'est pas toujours simple », reconnaît Jacky Soulard qui s'entretient chaque jour au téléphone avec Christian Bekamenga.
Mais la persévérance a fini par payer dans un autre dossier. Fin 2007, après une année de démarches en tous genres, Bocundji Ca (prêté à Tours) a obtenu la nationalité française. Ses parents pourront enfin lui rendre visite car ils viennent d'obtenir un visa touristique.
« Il y a deux poids et deux mesures, déplore de son côté Christian Larièpe. Certes, il y a eu des abus. Mais cette loi qui interdit à un club de recruter un Africain de moins de 18 ans pénalise d'abord les jeunes de ce continent. Ici, les structures professionnelles peuvent offrir un projet scolaire et professionnel. Un joueur qui réussit fait vivre plusieurs dizaines de personnes. »
Pas étonnant, dès lors, que le FC Nantes projette de monter un centre de formation en Afrique, destiné aux jeunes de 15 à 17 ans.
L. F.
Ouest-France