Édition du vendredi 29 février 2008
Claudiu Keserü fait toujours débat
Prêté par le FC Nantes à Libourne, Claudiu Keserü effectue son retour à la Beaujoire, sous ses nouvelles couleurs.
À Nantes, on l'attendait comme le Messie. Pour certains, les Canaris avaient trouvé leur buteur maison, un remplaçant à Nicolas Ouedec dernier monument frappé du n° 9. À 18 ans et quelques jours, Claudiu Keserü et son physique de jeune taurillon venait de fêter sa première titularisation sous le maillot canari d'un lob victorieux plein de sang-froid aux dépens du grand gardien suédois du Stade Rennais, Isaksson (2-0, le 15 janvier 2005). L'histoire de ce pur gaucher aux larges épaules, acheté 300 000 € à l'été 2003 au FC Oradea (D2 roumaine) était en marche. « Une perle rare, attiré par le but » pour reprendre les mots de Loïc Amisse, qui lui fit signer son contrat espoir.
Depuis, l'histoire a bégayé. La petite merveille s'est contentée de quelques miettes jusqu'à finir par cirer le banc et partir au Mercato d'hiver à Libourne sur les conseils de Christian Larrièpe, avec ce maigre bilan : 51 matches de L1 mais 10 buts. « On a entendu des avis très contreversés à son sujet, raconte le directeur technique du FCN. Notre rôle était d'aller au fond des choses et de le prêter à un club à même de lui faire confiance et de lui offrir du temps de jeu. » Christian Larièpe s'est déplacé en personne lors de son match à Clermont-Ferrand. Lors de la réception de Brest, il avait dépêché Vincent Rautureau.
« C'est un garçon arrivé un peu starisé de son pays et tombé dans une équipe en difficulté. Il faut du temps et de la patience. Or, depuis deux ans, le FCN n'avait ni l'un, ni l'autre. Ce prêt va nous permettre d'avoir plus d'indications à son sujet et de corriger ses défauts. Il peut rebondir chez nous dès la saison prochaine. »
L'intelligence et les déplacements
Un prêt approuvé et partagé par Nicolas Ouedec : « Il a besoin de s'enrichir de buts, de victoires, de défaites, de prendre des coups, d'en donner, de s'étoffer. Il est encore à l'état brut. Je suis sévère, mais on a tous envie qu'il réussisse et exprime son potentiel. S'il n'avait rien, on n'en parlerait pas. »
Chez les anciens de la maison jaune, les avis sont unanimes. Le garçon a son lot de qualités : frappe lourde, coup d'oeil, rapidité d'exécution, quête constante des filets adverses, mais aussi des défauts rédhibitoires pour évoluer au plus haut niveau. « Pour moi, il n'a pas progressé depuis son arrivée, avoue sans prendre de gants Robert Budzynski. Il doit faire des progrès dans deux domaines : le mouvement pour s'inscrire dans le jeu. Ça, c'est une démarche d'entraînement. L'obligation d'être plus mobile et plus disponible. »
« Et Le ressenti technique ou la volonté de se mettre à la disposition de son équipe. Autant ses coéquipiers peuvent travailler pour lui car ils savent qu'il peut terminer les actions, autant lui doit aider quelque peu. On ne lui réclame pas de défendre comme un chien, mais de se replacer. Pour l'instant, c'est insuffisant au niveau du volume de course et de l'intelligence. » Même scepticisme chez Ouedec. « Manque de puissance et de percussion. Il a besoin de franchir un dernier, mais gros palier. Pour s'imposer comme leader d'attaque, Nantes a toujours eu un gros point d'encrage capable de multiplier les courses, les contre-appels, les démarrages sur 10 mètres, d'ouvrir des espaces. Lui est quelqu'un dans le registre d'un joker, capable de coups ponctuels mais éprouvant du mal à tenir la cadence. »
Le ressenti technique
Robert Budzynski et Nicolas Ouedec ne s'autorisent aucun jugement définitif. Ils n'oublient pas que le jeune Roumain a fêté en décembre dernier ses 21 ans. Nicolas Ouedec : « C'est à lui d'aller au plus profond de lui-même, de s'imposer des challenges. Moi, je n'avais qu'un seul but : piquer la place des anciens, réussir coûte que coûte. Je me disais : pendant six mois, je vais en ch... Je ne sais pas s'il a eu ce déclic. A-t-il les capacités physiques ? On lui demande de sortir épuisé. Souvent, Keserü fait les courses pour lui. Il doit s'étoffer physiquement et travailler les courses. Ça saute aux yeux. »
Pour l'ancien directeur sportif, les deux ans à venir seront cruciaux. « Il lui faudrait peut-être un peu moins de poids. Il a sans doute également été un peu sourd à ce qu'on a pu lui dire. C'est bien d'être égoïste, de vouloir cadrer, frapper. Il ne faut pas perdre ses qualités de base, ses dons, mais savoir les mettre à l'intérieur d'un collectif. Comme il n'aura jamais le coup de rein, c'est sur le volume et l'intelligence des déplacements que s'effectuera différence. » Des simples petits trucs à même de vous changer le cours d'une carrière.
C. D.
Ouest-France