Coup de fil au triathlète Tony Moulaï
Septième dimanche à l'épreuve de Coupe du monde de Kitzbühel en Autriche, Tony Moulaï, ici sur la Grande Muraille, a confirmé qu'il faudra compter avec lui en Chine. Photo : DR
Triathlon. Vice-champion d'Europe, le Nazairien n'a jamais été aussi bon que cette année. Et il croit dur en ses chances à Pékin.
Tony Moulaï, devient-on triathlète quand on a du mal à briller dans une seule discipline ?
Pas du tout en ce qui me concerne. Moi, je sortais de sept années de football quand je m'y suis mis, à 16 ans, dans le sillage de mon père que je suivais sur les triathlons. Hériter de son matériel m'a bien aidé à assouvir un besoin individuel de frissons, de libération d'adrénaline, de suées, d'hypoglycémie... Ce qui me plaît dans le triple effort, c'est le côté ludique des trois disciplines (1,5 km de natation, 40 km à vélo, 10 km de course) et des deux enchaînements. Je suis un besogneux qui aime bien voir les fruits de son travail. Tout l'hiver je bosse dans l'ombre et lors de la vingtaine d'épreuves disputées ensuite durant la saison, je mesure mes progrès.
Trois disciplines, c'est trois fois plus de boulot ?
Je fais entre 20 et 25 heures d'entraînement par semaine. 20 km à la nage, 300 km en vélo, 80 km à pied. J'aime bien pédaler, mais c'est à la course que je suis le meilleur. La natation, c'est plus délicat.
Vous avez connu vos meilleurs résultats en 2008. Pile-poil pour les Jeux ?
L'an dernier, je m'étais trop entraîné. Là, j'ai su trouver le bon équilibre. L'épreuve des JO est exceptionnelle et le risque, c'est d'avoir une préparation à la hauteur de l'enjeu qui vous épuise. Je pense avoir su éviter cet écueil et j'ai travaillé en pensant au parcours qui nous attend, à 30 km au nord de Pékin, que j'ai déjà expérimenté deux fois. On nagera dans une réserve d'eau, la partie vélo sera roulante et c'est la course à pied qui posera le plus de problèmes. Elle sera très technique, très exigeante. L'ensemble me plaît et je vais courir le 19 août pour une médaille en prenant tous les risques, dans les limites de mes possibilités et de ma lucidité.
Côté français, on pense pourtant plus à Fred Belaubre qu'à vous ?
Il est le numéro 1 Français, il a été champion d'Europe devant moi, mais je pense pouvoir créer la surprise. J'ai déjà battu au moins une fois tous les meilleurs et hormis l'Espagnol Javier Gomez, archi-favori et qui fait figure d'épouvantail, on est une quinzaine sur les cinquante et quelque au départ à pouvoir monter sur le podium. Pour y arriver, il faudra non seulement adopter les bonnes stratégies de course le jour-J, mais surtout arriver au départ en ayant bien tout géré. Le contexte sera très particulier et je pense avoir tout les atouts en main pour réussir mon coup.
Recueilli par Jean-Luc PELLIZZA.
Tony Moulaï en bref. Né le 17 janvier 1976 à Saint-Nazaire (44). Réside à Romans-sur-Isère (26). Professeur d'éducation physique. Palmarès : vice-champion d'Europe et 8e au championnat du monde en 2008.
Ouest-France