Édition du mardi 28 novembre 2006
Daniel Colling ou l'histoire d'une idée
Treizième du nom sans superstition, le Zénith de Nantes est né dans les années Lang. Flash-back et perspectives à propos d'un concept bien bâti.
Dans quelles circonstances, quel contexte, à quelle date est né le premier Zénith ? L'idée du premier Zénith est née avec l'arrivée de Jack Lang au ministère de la Culture en mai 1981. C'est la première fois qu'un ministère prenait en considération la chanson et les musiques populaires. J'étais parmi les quelques professionnels consultés sur les problèmes que rencontrait notre activité et en particulier le manque d'équipements des grandes capacités. En effet, les années 70 ont vu se développer les spectacles de grande audience dans les domaines de la chanson, du folk, de la pop puis du rock. Le succès de ces spectacles était entre autres lié à une réaction très « Guyluctienne » des variétés en télévision. Les équipements des années 1960 (casinos, théâtres, cinémas, MJC) ont été délaissés pour des équipements plus grands (Palais des sports, parcs expo voire chapiteaux), mais très inadaptés et inconfortables tant pour l'accueil des artistes que celui du public.Quelques mois plus tard, on me confiait « l'étude d'une salle de musique populaire de grande capacité en région province ». Pour ce faire, je me suis associé à Daniel Keravec. Notre étude, dite de faisabilité générale, allait aboutir après bien des embûches à l'inauguration, en janvier 1984, du premier Zénith au parc de la Villette, à Paris... mais aussi à la création de la société Coker (Colling/Keravec).Depuis ce jour, un certain nombre de Zénith ont vu le jour ? Le Zénith de Nantes sera le 13e Zénith édifié en France. Concernant leur développement en Europe, voire dans le monde, il est nécessaire en préambule de savoir que la construction d'un Zénith en France n'est pas économiquement rentable sauf à Paris, où le marché est plus important.Les douze Zénith en région française existent parce qu'ils ont été financés par les pouvoirs publics, essentiellement par les collectivités locales qui en sont propriétaires. Le marché du spectacle en région ne permet pas, en effet, d'amortir l'important investissement de la construction. Nous sommes donc dans le domaine du service public au même titre que les équipements sportifs ou économiques.Concernant l'Europe, en vue d'exporter le concept Zénith, Coker a réalisé une étude en 1987 qui démontrait, comme en France, la non-rentabilité de l'équipement en Europe (Londres exceptée). L'intervention de financements publics était là aussi nécessaire. À cette époque, la diversité de l'organisation administrative des pays a été un obstacle à l'implantation des Zénith en Europe. Aujourd'hui, le développement d'un tel équipement pourrait avoir lieu si la Communauté Européenne portait le projet. Des contacts sont en cours.Un Zénith, c'est quoi au juste ? Un espace modulaire, une jauge et une architecture identique, une salle de spectacles uniquement ?Un Zénith, c'est d'abord un concept qui est aujourd'hui devenu un nom générique pour désigner des salles de spectacles de grande capacité destinées aux musiques actuelles. Le fait que cette marque soit devenue un nom commun (comme Frigidaire pour réfrigérateur) est synonyme de succès et montre bien que le public s'est approprié ce type de salles.Le concept, que nous avons élaboré dans le début des années 80 et qui, depuis, a été « normalisé dans un cahier des charges », a été établi à partir des besoins présents dans cette nouvelle forme de diffusion des spectacles que je connaissais très bien. J'étais en effet producteur et tourneur depuis 1970.Outre les modalités d'exploitation, le cahier des charges donne des réponses précises, opérationnelles et économiques pour la mise en place et le fonctionnement d'un équipement Zénith, tant en ce qui concerne la technique, la scénographie que l'accueil du public et des artistes.Depuis ses origines, ce cahier des charges a été amélioré et précisé en relation avec l'évolution des techniques du spectacle et des normes de sécurité. Pour la construction d'un nouveau Zénith, une étude spécifique est menée sur son implantation et son marché afin d'en définir sa capacité et ses modularités. Ensuite, au travers d'appels d'offres spécifiques, la collectivité locale choisit un architecte, des entreprises de construction et un exploitant.Dans le grand Ouest, on compte seulement deux Zénith, l'un à Caen, l'autre à Nantes. Comment expliquez-vous cet état des lieux ?Pour répondre à votre question, il convient de démêler mes casquettes. J'ai été élu président du CNV (Centre national des variétés, fonction bénévole) en tant que professionnel reconnu par ses pairs et le ministère de la Culture. Votre question concernant l'implantation des Zénith me concerne puisque le CNV est un établissement public à qui le ministère de la Culture a confié, par convention, la gestion du programme Zénith. Ce programme était destiné à doter les quelque vingt capitales de régions d'un équipement à vocation régionale, pour l'accueil des spectacles de musiques populaires. L'objectif était aussi de parvenir à un aménagement équilibré du territoire. Aujourd'hui, ces objectifs de départ n'ont pas été en tous lieux intégralement relayés.Aussi, on peut s'étonner qu'il y ait un Zénith à Pau depuis 1991 et pas à Bordeaux. La ville de Lyon devrait être équipée d'un grand Zénith. Si Caen et son maire ont très vite compris l'intérêt d'un grand équipement inauguré en 1992, Rennes, pourtant très marquée par une image musicale à travers les Transmusicales en particulier, n'a pas choisi de s'équiper d'un Zénith. L'ouverture de Nantes aujourd'hui, et peut-être de Brest après-demain, va rééquilibrer différemment le grand Ouest.Comme pour le Zénith de Paris, vous êtes l'opérateur du Zénith de Nantes. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ?Les deux sociétés d'exploitation que je préside, celle du Zénith de Paris et celle du Zénith Nantes Métropole, sont deux sociétés juridiquement indépendantes l'une de l'autre. À Paris, le Zénith est exploité dans le cadre d'une délégation de service public. J'assume aussi à Paris, la fonction de directeur de l'établissement. À Nantes, nous avons choisi, pour ce poste de directeur d'établissement, Denis Turmel, qui est naturellement basé à Nantes. Autour de lui, une équipe permanente a été constituée. Je suis secondé dans mes fonctions, à Paris et à Nantes, par Daniel Keravec et Michel Martin, ce dernier étant directeur d'exploitation sur les deux établissements.La société Coker, principale actionnaire des deux établissements, doit fournir, par convention avec Nantes Métropole, une assistance au Zénith de Nantes. En d'autres termes, nous allons faire bénéficier, à Nantes, de notre positionnement et de notre expérience professionnelle nationale.Le Zénith de Nantes Métropole s'inscrit dans un paysage qui compte déjà un certain nombre de structures. Quelles collaborations envisagez-vous avec les uns et les autres ?Le Zénith Nantes Métropole doit s'inscrire en complémentarité dans le tissu culturel et économique nantais. C'est la volonté de Nantes Métropole, mais aussi la nôtre. Concernant l'Olympic (ou la future Fabrique), il y a une complémentarité évidente d'équipement, compte tenu de leur capacité. Des collaborations seront établies. Ainsi, nous avons confié symboliquement la programmation du premier spectacle d'ouverture à Éric Boistard et à son équipe. Pour la Cité des congrès, nous avons mis sur pied, avec Jacques Tallut, une autre collaboration qui concerne les congrès et conventions, mais aussi l'accueil de l'un des spectacles dans le cadre du festival Juste pour rire.Ce Zénith constitue et complète désormais une pièce importante du puzzle culturel nantais. En son absence et par défaut, soit les spectacles ne venaient pas à Nantes, soit ils étaient accueillis par d'autres équipements plus ou moins adaptés, en particulier La Beaujoire et La Trocardière. Nous avons décidé, avec leurs dirigeants, d'observer le marché durant quelques mois avant de concrétiser des accords de partenariat.Parmi les nombreux concerts et événements déjà inscrits au calendrier, quelle date vous est la plus chère et pour quelles raisons ?Les Restos du coeur en janvier 2007. Parce que c'est une belle cause et un très beau spectacle qui réunit cinquante artistes français. Il s'agit d'une création nationale exclusive à Nantes et qui symbolise bien nos ambitions pour le Zénith Nantes Métropole.
Ouest-France