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Édition du vendredi 10 août 2007

Du haut de la tour, cinq siècles vous contemplent

La ville se dévoile à travers le toit de la tour de la Couronne d'Or du château des Ducs, inaccessible au public.

C'est un lieu encore méconnu, protégé des regards indiscrets par une lourde porte en bois. « Raison de sécurité », explique Marie-Hélène Jouzeau, la directrice du château. Sans doute, mais pas seulement. Nichée au sommet de la tour de la Couronne d'Or et flanquée par deux flèches dardant le ciel, cette petite terrasse offre une vue imprenable et inédite de la cité des Ducs, à près de 40 m au-dessus du sol. Le genre de panorama que l'on rechigne naturellement à partager.

Juché sur l'une des courtines et tourné vers l'ouest, on aperçoit les sommets du Bouffay moutonner sur un océan de toit d'où émergent les monuments de la ville. La cathédrale Saint-Pierre, la tour de Bretagne et les églises Saint-Nicolas et Sainte-Croix se jalousent chaque parcelle d'horizon, soucieuses de figurer dans toutes les vues de la ville. Au-delà, quelques grues griffent le ciel, tandis que dans le fond serpente la Loire.

Quand passé et présent se mêlent

De l'autre coté, il faut se faufiler entre la charpente de la tour et le bord du parapet pour découvrir un autre Nantes, moins historique mais plus authentique. Les tours de Malakoff surgissent tels des dominos géants, rivalisant d'importance avec l'amas de chemins de fer striant le sol depuis la tour LU jusqu'à la gare. Un sifflement lointain indique le passage du tramway en dessous, le long des contreforts du château. Une carte postale de la ville qu'Anne de Bretagne, quelque cinq cents ans plus tôt, n'aurait sans doute jamais imaginée, alors qu'elle-même n'embrassait du regard qu'une simple bourgade.

Sous nos pieds, 210 marches harassantes et exiguës nous séparent du rez-de-chaussée. Le petit escalier de service qu'il faut emprunter pour accéder au sommet de la tour sert en réalité d'articulation entre les deux bâtiments adjacents, le Grand Gouvernement et le Grand Logis. La construction de la tour de la Couronne d'Or, entamée par le père d'Anne, fut achevée par la duchesse à la fin du XVe siècle, dans le plus pur style de l'architecture gothique flamboyante. Deux petites loggias (des pièces ouvertes sur l'extérieur) agrémentent sa façade. La plus haute des deux est d'ailleurs fermée au public. C'est une simple chambre, sans mystères ni secrets, un lieu de refuge et de réflexion dans lequel se retirait la jeune Anne de Bretagne.

Dans l'ombre des arcanes ouvragées, on peut entrevoir la foule des visiteurs s'agiter dans la cour du château tandis que le grondement de la ville parvient à peine à se frayer un chemin jusqu'à nos oreilles. Et lorsque passé et présent se mêlent, on imagine aisément la rumeur des chevaliers et les piaffements de leurs montures emplissant l'enceinte du château sous les yeux ébahis d'une petite fille, appelée à devenir reine de France.

Kilian FICHOU.

Pratique: à partir de la rentrée, des visites insolites du château seront organisées (pour des groupes restreints seulement) dans des lieux fermés au grand public.

Ouest-France

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