FC Nantes : l'homme qui vaudrait 3 millions
L'ancien entraîneur du FC Nantes, Georges Eo (à droite), et son avocat Jean-Jacques Bertrand, hier aux Prud'hommes. Le délibéré sera rendu en septembr : Photo David Prochasson
Un an après son limogeage, l'ex-entraîneur du FC Nantes, Georges Eo, n'a toujours pas été indemnisé. Devant le conseil des prud'hommes, il a demandé hier trois millions d'euros d'indemnités de licenciement et de dommages et intérêts. Délibéré en septembre.
Les tourments de l'ère Dassault n'en ont pas fini de chahuter la maison jaune. Remercié en février 2007 après une cuisante défaite à la Beaujoire face à Valenciennes (2-5), Georges Eo a vu son dossier transmis de mains en mains. Une patate chaude successivement reprise par Rudy Roussillon et Luc Dayan. Avant d'atterrir sur le bureau de Waldemar Kita.
À son arrivée, en août 2007, le repreneur du FC Nantes récupère les casseroles du club. Mais pas plus que ses prédécesseurs, il ne paraît disposé à s'en débarrasser à l'amiable. « On a baladé mon client », estime l'avocat de l'ex-entraîneur, Jean-Jacques Bertrand.
Pour mémoire, au lendemain de l'éviction de Georges Eo, le FC Nantes propose à son salarié un poste de conseiller spécial du président, l'équivalent des fonctions occupées par Bernard Lacombe à l'Olympique lyonnais. Eo refuse : « Mon métier, c'est d'entraîner. » Pour le FC Nantes, l'affaire est entendue. Son salarié reçoit une lettre de licenciement le 31 mai, alors que le club, toujours présidé par Rudy Roussillon, est relégué en Ligue 2.
25 ans d'ancienneté
Depuis, l'entraîneur n'a touché aucune indemnité. Il n'a rencontré qu'une fois Waldemar Kita sans trouver d'issue au conflit. « Ce n'est pas respectueux d'un homme qui a passé plus de 25 ans au club. D'abord comme joueur à l'époque de José Arribas, puis comme adjoint des plus grands : Suaudeau, Blazevic ou encore Denoueix », plaide son avocat qui affirme : « Le licenciement ne repose sur aucun motif. L'entraîneur a une obligation de moyens, pas de résultats. »
À la barre, le FC Nantes se distingue par son absence. Son avocat, Jean-François Klatovsky, considère que la seule pierre d'achoppement n'est autre que l'argent. « Le club proposait à Georges Eo de terminer sa carrière avec un salaire mensuel de 20 000 €, soit le revenu qu'il touchait en tant qu'entraîneur hors primes (10 000 € mensuel brut, N.D.L.R). Il a refusé. » L'avocat invoque par ailleurs la nature du contrat. « Eo est au club depuis vingt ans. Il a rompu le CDI en refusant le poste. » Scepticisme du côté des juges : « Pourquoi le contrat prenait-il fin au 30 juin 2009 ? »
Georges Eo réclame 2,185 millions d'euros au titre des indemnités de licenciements et 1,122 million de dommages et intérêts. L'ex-entraîneur ne cache pas son amertume. « J'ai connu des moments extraordinaires dans l'animation et le fonctionnement du club. Cela correspondait à l'idée que je me faisais de mon métier. Et j'ai été brisé pour des raisons difficiles à comprendre. »
Une nouvelle fois, le FC Nantes se distingue en matière sociale. En décembre dernier, Waldemar Kita avait provoqué un tollé du côté des syndicats. Alors qu'il s'apprêtait à recruter des collaborateurs prestigieux, parmi lesquels le directeur de la communication, Pascal Praud, il annonçait le licenciement de 23 administratifs pour raisons économiques. Plus que la réputation de son jeu, le FC Nantes aurait-il oublié ses valeurs ? « C'est la première fois qu'un entraîneur du club finit aux Prud'hommes », lâche Eo.
David Prochasson
Presse-Océan