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C'est ici, au bout de l'allée du Lay, à Orvault, qu'une vingtaine d'adolescents se retrouvent quotidiennement, au grand dam des habitants de la cage d'escaliers. Entre incivilités et petite délinquance subies, leur quotidien est devenu insupportable. Sur les canapés orientaux d'un salon, au premier étage, une partie de la cage d'escalier s'est réunie. Et les revoilà qui se repassent en boucle leur obsession : « Ça fait dix ans que je suis là, j'ai toujours vu ça », soupire le voisin du 1er. Elle : « Je suis arrivée des Dervallières en avril... Avec les enfants, on était contents de notre nouvel appartement. Franchement, j'ai été très déçue. On n'en peut plus. On ne dort plus. Je veux même pas finir d'ouvrir mes cartons. Je pense à déménager. »
Leur calvaire ? L'incessant manège de ces adolescents dont ils connaissent chaque prénom. Turbulents : ils klaxonnent, crient, rient, insultent, menacent, tapent sur les murs. Parfois l'incivilité vire à la délinquance : il y a l'histoire de la boîte aux lettres brûlée, des carreaux cassés, de la voiture rayée, de la poubelle dispersée. « Ils ont même annexé une place de parking. Si des amis se garent là, ils vont s'asseoir sur leur voiture. Du coup, plus personne ne s'y met. » Ils décrivent aussi d'autres scènes, plus dures, qui concerneraient l'ensemble du quartier et pas seulement les « gamins » d'en bas. Images de rodéo, de violences physiques.
Des conditions de vie aussi insupportables existent dans d'autres cités, d'autres rues ou cages d'escalier... Sauf que dans l'allée du Lay, et c'est exceptionnel, les habitants ont décidé ensemble d'arrêter de se taire. Ils appellent la police, déposent plainte, alertent les élus, les gens de Loire-Atlantique habitation (leur bailleur social). En vain ? « La ville dit qu'il faut pas en parler pour pas faire de mauvaise publicité au quartier... » peste la dame du 3e. Loire-Atlantique Habitation ? « Leur représentant a peur de monter chez moi. Et ils veulent augmenter les charges. » La police ? « Elle dit qu'elle peut rien faire sans flagrant délit. » L'absence de solution, et parfois d'écoute, fait monter la peur face au problème qui s'incruste. « On se sent abandonnés. Si ça tourne mal, on sera sans défense. » « Ils font régner la peur, déplore la nouvelle venue. On peut plus passer la tête à la fenêtre sans qu'ils pensent qu'on les espionne. Mes enfants, je leur ai dit : n'allez plus à la fenêtre ! C'est normal ça ? »
Isolés, ils ont les uns et les autres tenté ce qu'ils pouvaient avec leurs moyens. « Moi, je suis descendu plusieurs fois pour les virer du hall ou encore quand ils cassaient des carreaux. » « Moi aussi, je suis allé les voir à minuit car ils réveillent les enfants toutes les nuits. J'ai dit : « Pourquoi vous faites ça ? » Ils ont dit : « Excusez-nous » ; et le lendemain ça recommençait. »
Impossible de lutter contre l'effet de groupe ? Peut-être en leur opposant une autre solidarité : celle de la cage d'escalier. « On peut tous arrêter de payer nos loyers pour être entendus. Moi, c'est 500 €, c'est pas rien quand même... » Ou tenter de reconquérir les lieux. C'est décidé, dimanche, à 14 h, les habitants descendront de chez eux. Symboliquement, ils se rassembleront pour tenir leur mur.
Agnès CLERMONT et Thomas HENG.