Édition du jeudi 10 mai 2007
Gripond : un projet présomptueux
Lorsqu'il débarque à la Jonelière en septembre 2001, nommé par Yves de Chaisemartin, patron de la Socpresse, qui a repris le club au printemps 2000, alors que les Canaris, déjà, venaient d'échapper à la relégation à la dernière journée, Jean-Luc Gripond ne connaît pas le football. Marseillais, l'ex-secrétaire général de Prost Grand Prix prétend connaître le jeu bien sûr, mais pas le milieu et ses pratiques.D'une remarquable intelligence technocratique, il potasse, se renseigne et arrive à une conclusion sans doute biaisée par le contexte (le club joue la Ligue des champions) : le FC Nantes doit changer de braquet. La PME a certes bien fonctionné avec ses 8 titres de champion, mais lui veut la faire passer au stade de multinationale. La maison jaune est appelée à devenir, sous sa gouvernance, « le Manchester United français ». Il est question d'activités connexes, de partenariats, de manifeste pour l'esprit du foot... Après tout, c'est un projet. Mais pour tenir, il doit s'appuyer sur une cellule technique forte et indépendante, ancrée sur le coeur de métier.Or, durant ses trois années et demi de présidence, il va, par une série de choix malheureux et une tendance prononcée à l'ingérence, l'affaiblir considérablement. Cela commence par le limogeage de Raynald Denoueix en décembre 2001. Une décision défendable, dans le contexte de l'époque (Nantes est dernier), mais dont personne ne mesure alors les conséquences. Avec Denoueix, c'est le dernier technicien dont la légitimité est incontestable qui s'en va.Légitimité auprès des dirigeants, des joueurs et des autres entraîneurs. Gripond essaye Marcos, mais ne le soutient pas, au même titre que Robert Budzynski, quand les joueurs s'y opposent. Il choisit ensuite Amisse, dont il connaît les limites, mais qui présente l'avantage d'être malléable. La première saison est satisfaisante (6e place et finale de coupe de la Ligue), le potentiel joueurs étant encore important.La deuxième tourne au vinaigre. En décembre 2004, Landreau mène une sédition tonitruante. Il alerte Dassault, qui vient de récupérer le club par inadvertance, sur les dangers qui guettent sa nouvelle filiale. Gripond, très impopulaire dans toutes les strates de l'entreprise, est dans le collimateur, mais n'est pas désavoué par son nouvel actionnaire.Il n'a toutefois d'autre choix que de placer Le Dizet, qui réussit l'opération maintien.
Ouest-France