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Noël Vandernotte, 12 ans, plus jeune médaillé olympique de l'histoire. De gauche à droite, Marcel Chauvigné, Jean Cosmat et les deux oncles de Noël : Marcel et Fernand Vandernotte. Noël et Jean sont les seuls survivants. Noël Vandernotte, 84 ans, n'a rien oublié de cette épopée. Il en parle encore avec une incroyable vivacité, lui, l'ex petit barreur du cercle de l'aviron de Nantes. Plus jeune médaillé olympique de tous les temps. Curiosité des médias allemands avec son petit sac de sable (il était lesté de 8 kg pour atteindre le poids réglementaire de 50 kg). Inspecté par Hitler au stade olympique de Berlin. « Il est nous a passé en revue avec son aréopage. Après, il n'a pas quitté sa tribune. Il était interdit de monter. »
Noël Vandernotte tient à rétablir certaines vérités. « Certains ont dit que les Français avaient fait le salut nazi mais il y a eu confusion. Nous, les sportifs, on a fait le salut de Joinville (modifié en 1946, NDLR). Un bras tendu sur le côté, pas devant. »
Hitler passait dans sa décapotable
L'aviron, chez les Vandernotte, se pratique en famille. Noël, initié par son père, barre. Les tontons, Marcel et Fernand, rament. Avec Jean Cosmat et Marcel Chauvigné, ils forment le 4 barré fort en bras du Cercle de l'aviron de Nantes, champion de France en titre.
Août 1936. Lorsqu'il débarque avec l'équipe nantaise à Berlin, le gosse est frappé par l'ambiance surréaliste qui baigne la capitale allemande. « Il y avait des parades et des défilés en permanence. Hitler passait dans sa décapotable entouré de sa garde de SS, tous très grands et habillés de noir. C'était très impressionnant. »
Au stade, « toujours archi-comble », les drapeaux olympiques sont noyés sous les drapeaux à croix gammées. Les militaires ont envahi les rues. Les jeunesses hitlériennes aussi. Le p'tit Nono en survêt' bleu, « avec un coq gaulois dessus », sent bien que ça cloche. « Pas d'émeute, pas de bagarres. Tout était en veilleuse. Pour calmer le jeu, les nazis avaient même réintégré une escrimeuse juive dans l'équipe allemande, Helena Mayer. »
Au village olympique, l'ordre règne. L'équipe nantaise est logée plus loin, au château Köpenick. Nourrie de choux du soir au matin, triste, désoeuvrée : les rameurs ne peuvent s'entraîner. Pour une mystérieuse raison, leur bateau, un 4 d'un seul morceau construit tout spécialement pour eux, n'arrive pas. « Il a débarqué deux jours avant les éliminatoires. On n'a jamais su pourquoi. »
Le jour de la finale, une méchante tempête s'abat sur le bassin où se déroule la compétition. « La patouille complète ! » Les Nantais se battent comme des diables et arrachent la troisième place derrière les Allemands, « des pros archi-entraînés », et les Suisses.
Une heure plus tard, Noël Vandernotte rempile au départ de la finale du 2 barré. Il remporte une seconde médaille de bronze, au côté de Georges Tapie et Marceau Fourcade du Rowing de Bone. Mais de podium, point. Gros couac chez la délégation française qui n'a pas prévenu les Nantais. La remise des médailles a lieu sans eux. Eux sont partis en balade au zoo de Berlin. « On ne se doutait de rien. »
Et puis, quand il rentre à Nantes, le p'tit Nono a ce mot étrange. « Il va y avoir la guerre. » A-t-il été pris au sérieux ? « Je ne pense pas. Mais moi, j'avais cette espèce d'intuition. »
Isabelle MOREAU.