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Jacques Chapron (ici en juin 1968) était un jeune ouvrier chaudronnier, entré en apprentissage à l'âge de 14 ans. Où étiez-vous en mai 1968 ?
Jeune ouvrier chaudronnier de 19 ans, je participais à l'occupation de l'entreprise Babcock Atlantique, à Saint-Nazaire. J'ai ainsi passé plusieurs nuits dans les bureaux. Toujours avec des anciens. Les syndicats, qui connaissaient notre esprit frondeur et notre insouciance, ne mettaient pas les plus jeunes en première ligne. J'étais syndiqué, à la CFDT, depuis le grand conflit des mensuels, l'année précédente : nous avions été lock-outés.
Votre meilleur souvenir ?
Les assemblées générales, qui s'appuyaient sur l'expérience du conflit de 1967. Dans la salle à tracer où se déroulaient les réunions, j'étais subjugué par l'éloquence de certains militants : Nestor Rombeaut, l'ancien député, devenu responsable de la sécurité ; Robert Bigaud, Yves Thoby...
Des regrets ?
Aucun en ce qui me concerne. Mais des militants chevronnés furent déçus. Ils trouvèrent que la force du mouvement ne s'était pas traduite dans les accords.
En quoi le mois de mai 68 a-t-il changé votre vie ?
Mon horizon s'est élargi. Mai 68 fut le déclencheur de mon engagement dans la vie sociale. Pendant vingt ans délégué syndical à Babcock, puis à la Mécanique et au chantier naval, j'ai repris des études à 40 ans, obtenant un diplôme universitaire de formation des adultes. Puis j'ai intégré la direction des ressources humaines du chantier naval ; je suis devenu responsable de l'apprentissage et du recrutement des ouvriers et techniciens. Avec toujours le même souci d'informer, d'être pédagogue, de parler vrai comme Michel Rocard, Edmond Maire, Pierre Mendès-France. Aujourd'hui en préretraite amiante, je participe toujours au bureau du syndicat des retraités CFDT, et je siège depuis 2001 au conseil municipal de Saint-André-des-Eaux.
Recueilli par
Marc LE DUC.
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