Édition du lundi 21 mai 2007
Je n'irai plus au stade, les lauriers sont coupés !
« Quand on aime, on ne compte pas, d'autant plus que, pour moi, l'accession était chose acquise, définitive. Au point d'en oublier qu'il y a 44 ans, déjà, que le FCNA avait franchi le Rubicon.Tout simplement parce que le FC Nantes avait tellement galéré, les supporters que nous étions tellement enduré de vexation, qu'il était impossible (pour moi) de revenir, un jour, à la case départ. Oui, je fais partie des quelque 18 000 qui, en cette belle soirée du 1er juin 1963, ont assisté au passage de la deuxième à la première Division. Vous voyez la tribune d'honneur de Saupin (à l'époque c'était encore Malakoff), juste devant, il y a un espace baptisé''pourtours de première''. Un nom quelque peu pompeux, sauf que ceux qui arrivaient tôt pouvaient s'appuyer à la rambarde et, pour les plus rapides, se placer derrière le banc, ou s'asseyaient José Arribas et les représentants du FC Nantes. Pour cela, il ne fallait pas musarder mais, à cette époque, sans prétention, j'avais une belle petite pointe de vitesse. Et c'est là que j'ai vécu ce moment historique. Le mot n'est pas trop fort car il faut savoir que seul le vainqueur du match entre Nantes et Sochaux obtenait son billet pour l'élite. C'était du quitte ou double... ce fut double. Rappelez-vous le penalty transformé par Jean Guillot à la 18e minute,'' la lucarne'' de Sadek Boukhalfa à la 36e minute. 2-0. Rappelez-vous la folle clameur qui monta du stade au coup de sifflet final de l'arbitre, M. Bounillou. Le regretté André Garnier disait qu'elle avait été entendue à 25 km à la ronde ; peut-être qu'il exagérait, quoique... Oui, ce fut une bien belle soirée, une douce et longue nuit, tellement longue qu'aujourd'hui il me manque des pièces du puzzle pour la reconstituer...Et, encore on ne savait pas, ce soir-là, que le jeu à la nantaise allait devenir une référence, le FC Nantes un grand d'Europe. Samedi, on a tiré un trait sur tout ça. Le jeu à la nantaise n'existe plus, terminé, c'est fini, on revient 44 ans en arrière. La terre continuera de tourner, c'est vrai, mais on était quand même quelques-uns à en avoir gros sur le coeur car c'est le résultat d'un beau gâchis. Et, c'est pourquoi je me garderai bien de tirer à boulets rouges sur les jeunes qui ont envahi le terrain... Cela ne se fait pas, effectivement, mais c'était leur cri du coeur... et aussi un peu du mien, par jeunesse interposée ! »Paul DELACROIX.
Ouest-France