Elie Baup nouvel entraîneur du FC Nantes !
Faut-il renouveler les bus « Nantes city tour » l'été prochain ?
Grilles « anti-SDF » : vos réactions
Racontez-nous vos concerts et spectacles !
Jours de fête
Les quizz de l'été
Concours : vos plus belles photos de vacances !
Webcam
Vos photos de Nantes
Naissances
Nantes demain
Baby-sitting



Alexandre Hébert, leader départemental de FO en mai 68, ici à la manif du 27 mai à Nantes. C'est le militant se trouvant près du micro, la main gauche sur la poitrine. : Centre d'histoire du travail/Daniel Garnier« L'ordre établi, ça c'est sûr, je ne l'accepte pas. Pour autant, je n'ai jamais cru à la révolution avec un grand r. » Lui, à l'époque, son axiome, c'est la grève générale : si tous les ouvriers se croisent les bras, l'économie sera tourneboulée et les patrons plieront. Et ce militant, aujourd'hui âgé de 87 ans, vous le dira, une grève générale se prépare. Dans l'ombre, bien sûr. Comment ? « C'est facile, je disposais d'un accord avec les trotskistes de Pierre Lambert (1) et avec les étudiants dont Chotard, le responsable de l'Unef. »
Il s'arrête, cligne de son oeil droit, et ajoute sur le ton de la confidence qui n'en est pas une : « A ce moment-là, les étudiants, j'en ai besoin comme détonateur. J'ai besoin de cette agitation pour aller plus loin. On ne peut pas diriger un mouvement si on n'est pas opportuniste ». Les petits bourgeois des bancs de la fac d'un côté, et, de l'autre, les métallos de Sud Aviation, bastion de FO.
« Avec Rocton, trotskiste de l'usine, aussi responsable à FO, on dépose un cahier de revendications. On négocie nationalement. C'est Maurice Papon, le PDG. Il ne veut pas discuter directement avec nous. Le maire de Nantes, André Morice, je suis bien avec lui, sert de correspondant. On lui fait passer le message suivant : « S'il accepte nos revendications, on calmera le jeu. Sinon... » Pour tout dire, on souhaitait que Papon dise non. » Il dira non.
Quelques jours plus tard, c'est l'occupation de l'usine : « Rocton était sur un petit nuage rose. Les gars font prisonnier le directeur, Duvauchel. Une connerie ! » Pourquoi ? « On laissait la rue aux étudiants et aux staliniens de la CGT » Il n'empêche, la grève générale arrive. Et les manifs continuent.
« L'idéologie a pris le dessus »
Alexandre Hébert raconte la prise de la cour de la Préfecture, le 13 mai : « On sort d'une rencontre avec le préfet. Un représentant de l'Unef est avec l'intersyndicale. Je m'arrange pour que ce soit lui qui fasse le compte rendu devant les manifestants. Notre objectif : emmener les gars à la préfecture, ce qui nous est interdit. Moi, je rentre ostensiblement à la bourse du travail car je ne veux pas paraître comme l'instigateur. Fin du discours du militant de l'Unef, il n'appelle pas au calme, contrairement à ce qu'aurait fait un stalinien ou un cédétiste. Les gars s'en vont vers la préfecture et entrent dans la cour »
Il s'arrête, nouveau clignement d'oeil : « En fait, c'est le professeur Lefay, alors président du cercle Jean XXIII, qui réussit à faire sortir tout le monde. A cet instant, les trotskistes et les anars, et donc la classe ouvrière, on a perdu le mouvement ». Et avec ça, les slogans qui fleurissent comme jamais : « L'idéologie a pris le dessus des revendications ouvrières ». Pour Hébert, l'affaire est alors pliée.
Aujourd'hui, il moque « ceux qui, à l'époque, croyaient au père Noël », tacle les maoïstes qu'il dit « cinglés », étrille les paysans de la FDSEA ayant participé à Mai 68, « au mieux des rigolos ». Règle ses comptes avec Mai 68, « une grande mystification » : « Au début du mouvement, j'ai pensé qu'on allait pouvoir faire avancer les choses, elles ont reculé. Des sections syndicales ont été créées dans les boîtes, une bonne chose ? Non, on mettait en place des syndicats maison forcément plus liés à la direction ».
La grève générale, celle qu'il a tant défendue, en prend aussi pour son grade : « Il y a une part d'illusion dans ce moyen radical, une sous-estimation de l'adversaire. Les forces dirigeantes sont plus fortes que la classe ouvrière ».
Jean-François MARTIN.
(1) Egalement militant à FO, il a créé le Parti des travailleurs.