Édition du lundi 12 février 2007
L'histoire rocambolesque du reliquaire
Le reliquaire du coeur d'Anne de Bretagne a été prêté par le musée Dobrée au château des Ducs de Bretagne. L'objet mythique a une histoire mouvementée.
La tradition veut qu'on arrache le coeur de la reine morte pour l'adorer dans un reliquaire d'or. À sa mort, Anne de Bretagne en fait « présent à ses Bretons ». Le cordial organe a été placé dans un reliquaire d'or et déposé dans le tombeau de ses parents, François II et Marguerite de Foix. Tombeau qui se trouve à la chapelle des Carmes et sera transféré à la cathédrale Saint-Pierre.Commence alors la rocambolesque histoire du coeur, qui a même inspiré un roman, Une histoire de coeur, de Thierry Guidet. L'auteur note ceci, à propos du reliquaire : « Quelle taille fait-il ? - Oh, à peine plus que la longueur d'une main. Ce n'est pas si grand, un coeur. »Le coeur n'y est plusConserve de luxe, le reliquaire est une boîte en tôle d'or bordée d'une cordelière franciscaine. Ce « petit vaisseau » est cerné d'inscriptions en lettres d'or. À l'intérieur ? Du vide. « La petite boîte d'or a été ouverte par des moines, et ensuite par le maire de Nantes, raconte l'historien Didier Guivarc'h, pour voir si le coeur y était. Mais il n'en restait rien qu'une sorte de charbon. »On referme la boîte. Elle réapparaît à Nantes en 1819. « Au XIXe siècle, l'on manifeste un total désintérêt pour cet objet qui dort dans une armoire de l'Hôtel de Ville. » Le Conseil municipal le prête au musée Dobrée, en 1896. Ce n'est que le prélude à ce que Didier Guivarc'h appelle « une guerre des reliques en plein XXe siècle ». Le reliquaire en prêt est réclamé par le Musée breton au Château des Ducs. « Vous n'aurez pas mon coeur », rétorque le musée départemental Dobrée. « Dans les années 50, la ville a tenté de le récupérer. Mais cette « histoire de viscères », comme disait un journaliste, n'intéressait personne en pleine époque de reconstruction. Le XXe siècle se découvre une passion mystique pour le coeur, objet de tous les fantasmes. Lors de l'incendie de la cathédrale, un journal titre à la une : « Le coeur de Nantes brûle ». Titre qui s'appuie sur la croyance que le reliquaire se trouve toujours dans le marbre blanc.Il a été prêté au nouveau musée du château par le Conseil général. Un vrai crève-coeur pour le conservateur du musée Dobrée. Mais ce prêt temporaire prend fin le 30 septembre 2007. D'ici, cette date, Dobrée garde la place du coeur bien au chaud. Mais il existe un deuxième reliquaire. Cette copie d'or fabriquée pour l'exposition La Bretagne au temps des Ducs, en 1991 à l'Abbaye de Daoulas, est considérée comme artistiquement nulle. Et s'il fallait donner une devise au musée Dobrée, elle serait : Le vrai coeur ou rien.Daniel MORVAN.
Ouest-France