Édition du dimanche 20 janvier 2008
La Ligue 2, ce n'est pas toujours le pied !
En L1, tous les joueurs ou presque sont sous contrat avec un équipementier. Mais en L2, trouver chausseur à son pied est plus compliqué.
Quand les joueurs se rassemblent en début de match, pour la présentation au public, une ligne bigarrée se dessine au ras de la pelouse. Cocktail vaguement warholien de marques, de matière et de logos.Derrière cette hétérogénéité des tendances se cachent bien sûr de véritables enjeux. Pour les firmes, et pour les joueurs eux-mêmes. Les contrats équipementiers ont d'ailleurs sacrément évolué ces dernières années. « Quand j'ai commencé, on devait respecter les engagements du club, explique Tony Heurtebis. Puis ça s'est assoupli, avant de devenir complètement libre. » Pour travailler leur notoriété, les équipementiers profitent de l'exposition médiatique du foot en proposant diverses formules aux joueurs. « On peut résumer cela en quatre familles de contrats, explique Erwann Manach, en charge du secteur chez Adidas. 1. Des dotations chaussures simples ; 2. Des dotations + une enveloppe pour des produits boutique ou catalogue qui peuvent profiter aux proches ; 3. Le 2 + des primes en cas de titre de champion, de meilleur buteur ou en fonction d'un certain nombre de titularisations ; 4. Le 3 + du cash, très variable, pour les grands voire très grands joueurs. » Quand les sommes deviennent rondelettes, certains, pour des raisons fiscales, peuvent d'ailleurs être amenés à créer leur propre société de droit d'image.Mais on parle là de la L1. Car en L2, l'exposition, télévisée notamment, étant bien moindre, on change de braquet. « Avec la descente, mes dotations ont diminué, oui », sourit Tony Heurtebis, uniquement lié à Uhlsport depuis 15 ans, pour les gants. « Chez Adidas, on ne fait pas la L2, tranche carrément Erwann Manach. Maintenant, on a quand même quelques joueurs qui étaient avec nous avant et que l'on a gardés, par fidélité ou parce qu'on y croit encore pour l'avenir. » À Nantes, Da Rocha, Dossevi, El Mourabet, Thicot ou Vainqueur bénéficient par exemple encore des faveurs de la marque aux trois bandes.Babovic déjà cibléPour les autres, les situations sont variables. Certains achètent eux-mêmes leurs chaussures. D'autres s'en font offrir par des copains de l'étage du dessus. Et puis il y a ceux qui cèdent aux avances des marques challengers, très agressives. « Mizuno veut étaler sa marque, explique ainsi David De Freitas. Ils viennent donc en L2 mais essayent aussi de capter les Brésiliens comme Cris dès leur arrivée. Car s'ils les fidélisent, c'est bon. » L'ex-Amiénois dispose de plusieurs paires pour la saison, et d'avantages catalogue. « Mizuno fait aussi du matériel de golf. Beaucoup de joueurs pratiquent cette activité et sont intéressés à ce titre. »Les Nippons ne seraient toutefois pas toujours en pointe sur la qualité du suivi. Rémy Maréval a ainsi rompu les ponts pour ce qui reste son seul contrat à ce jour. « Les marchandises n'arrivaient pas, explique-t-il. Depuis, je n'ai personne. » Les propositions ne tarderont pas, quand Nantes aura validé son billet de remontée. « Les représentants des marques sont comme les agents, s'amuse David De Freitas. Ils sont à l'affût. Dès qu'un joueur commence à briller, ils sont réactifs. »Débarqué à Nantes avec une paire somme toute assez classique (bleue tout de même), Stefan Babovic, auteur d'un premier match très prometteur, porte depuis quelques jours du orange. « Je dois signer avec Nike la semaine prochaine, du moins si on bat Clermont », confie-t-il malicieusement. Un contrat plus solide sous-entendu, car il disposait déjà de dotations en Serbie. Le débonnaire Rémy Maréval n'en consentira certainement pas de jalousie. Mais il avoue tout de même qu'avoir « un vrai contrat, c'est un petit rêve ». Dont il faut néanmoins bien peser les conséquences. « Moi, je préfère acheter mes chaussures, car je suis libre de mes choix, glisse ainsi Tony Heurtebis. Car parfois, tu peux être amené à porter un modèle qui ne te convient qu'à moitié. » D'ailleurs après deux séances, Babovic trouvait encore ses groles acidulées « un peu dures ».Pourtant pas le moment, pour le leader nantais, en voyage à Clermont (7e) lundi soir, d'essuyer un coup de pompe.Pierre-Yves ANSQUER.
Ouest-France