La Résistance nantaise à l'honneur au château des ducs de Bretagne
Marcel Jaunet (à droite) et Jean-Claude Terrière (au centre) remettent l'un des drapeaux de la Feldkommandantur de Nantes à Stéphane Junique, adjoint au maire en charge du Patrimoine. : Photo Nathalie Bourreau
Le Musée d'histoire de Nantes vient de recevoir en donation des objets symboliques de Seconde Guerre mondiale : un drapeau de la Feldkommandantur de Nantes, des tenues de déportés, des affiches et un mémoire de résistant.
C'est un drapeau. Un long morceau de tissu rouge sang frappé en son centre d'une sinistre croix gammée noire. Marcel Jaunet l'avait donné à Jean-Claude Terrière en 1983. Le vieux résistant l'avait ramassé le jour de la Libération de Nantes, le 12 août 1944, dans un bureau de l'Hôtel d'Aux, un vieil hôtel particulier de la place Louis XVI qui abritait les locaux du XIe Corps d'armée où les Allemands avaient installé la Feldkommandantur 518.
Un acte de civisme
Trente-neuf ans plus tard, Marcel Jaunet l'avait ressorti de ses tiroirs pour l'offrir à Jean-Claude Terrière, fils de René Terrière, alias Xavier Dick, commandant en second de la résistance en Loire-Inférieure, mort en déportation le 28 novembre 1944. « Il me l'a confié en l'honneur de mon père dans lequel il avait une admiration profonde ». Capitaine FFI, Marcel Jaunet était adjoint au commandant Terrière.
« Le 12 août 1944, j'ai conduit la colonne américaine jusqu'à la préfecture. C'était en début d'après-midi. Ensuite, j'ai reçu l'ordre de me rendre au XIe corps d'armée. Dans le bureau situé après celui du Feldkommandant, j'ai trouvé ce drapeau. Je ne sais plus si c'était dans une armoire ou un bureau ».
Aujourd'hui, les deux hommes ont décidé de confier ce drapeau au Musée d'histoire de Nantes. « Je ne pouvais pas le garder pour moi. C'est une charge trop lourde. Et il était important que ce soit M. Jaunet qui en fasse don. J'ai conscience que nous faisons là un acte de civisme de transmission des valeurs républicaines de la France qui a résisté au nazisme ». Il n'en dira pas plus, la voix étranglée par l'émotion en évoquant ce père disparu quand il avait 6 ans.
Des souvenirs de déportation
Gisèle Giraudeau, pour sa part, a cédé sa vieille robe de déportée. une défroque rayée qu'elle portait le jour de la libération de Zwodau, un commando du camp de Ravensbrück rattaché par la suite au camp de Flossenburg. Alain Bernard, petit-fils de Renée et Jean Losq, deux figures de la Résistance communiste nantaise, a quant à lui fait don d'une robe de déportée et d'un bonnet, tous deux retrouvés dans les affaires d'une autre figure de la Résistance, Ninette Poilane. Guy Lefloch, dont le père est mort en déportation, a remis au musée un récit de Marcel Thomazeau. Arrêté à Rezé en août 1942 avec 143 autres personnes suspectées de sympathie communiste et déporté, il fut rapatrié en 1946 et devint par la suite secrétaire de Marcel Paul, ministre de l'Air qui organisa la Résistance communiste à Nantes à l'été 1940, avant de terminer directeur du journal La Marseillaise. Dernier don, une série d'affiches d'époque relatives à l'attentat contre le Feldkommandant de Nantes en octobre 1941. Des affiches transmises par Carlos Fernandez, au nom de Madeleine Farge.
Dominique Bloyet
Presse-Océan