Édition du dimanche 27 mai 2007
La fontaine de Nantes emballée dans un étrange palace
Jean Blaise, directeur artistique, aime la provoc. À son initiative, un hôtel de luxe à allure de bicoque cerne la fontaine la plus connue de Nantes.
« C'est moche ! » « La fontaine ne méritait pas ça ! » L'hôtel érigé en haut d'un échafaudage, sur la place Royale, l'une des plus prestigieuses agoras de Nantes, ne laisse personne indifférent. Qu'on ne s'y trompe pas : cet objet monumental créé par le plasticien japonais Tatzu Nishi n'est pas un taudis, mais un palace. Un vrai, même s'il n'est pas dans les normes.A l'extérieur, la construction faite de bric et de broc, de tubes d'acier et de rafistolages, lui donne une allure de bicoque. Changement de décor, là-haut, au bout de l'escalier métallique monumental, où le concepteur promet des nuits de rêve, du 1er juin au 31 août. Dormir n'est pas de miseTatzu Nishi, qui n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il a déjà monté un salon design en haut de la cathédrale de Bâle, enferme la fontaine de la place Royale. Un monument néoclassique du XIXe siècle qui trône maintenant au centre d'une suite hôtelière luxueuse : « Ça sera un 4 étoiles, avec un mobilier contemporain design et de la moquette limite vulgaire », chambre Jean Blaise, le fou du roi artistique de Nantes.Cette suite de 130 m2 avec chambre et salle de bains, dont les fenêtres ouvrent sur la rue Crébillon, l'une des principales artères de la Cité des Ducs de Bretagne, sera visitable durant la journée. « Je suis curieux de voir ce que ça donne de l'intérieur », interpelle un passant curieux. La nuit, on pourra y coucher. Ne vous précipitez pas : l'hôtel affiche complet. « Des Parisiens vont y coucher, mais aussi des curieux ou des gens qui veulent fêter leur anniversaire de mariage. »Pourra-t-on vraiment dormir, au beau milieu d'une place publique passante, derrière des murs bien peu épais et isolés ? « Bien sûr, précise Jean Blaise, mais avec les gens qui vont taper pour dire coucou... » Et le directeur artistique de la Biennale Estuaire (1) d'avouer avec malice : « Ceux qui ont loué (pour 60 €) ne l'ont pas fait vraiment pour dormir. » Ah bon !Ceux qui se laisseront emporter dans les bras de Morphée seront sortis du lit à 9 h par un réveil matin très original : le ruissellement de l'eau de la fontaine qui se remettra en marche. Tandis que le patron de la brasserie toute proche servira un petit déj'copieux, croissants compris. Cette installation artistique sera l'une des attractions principales du volet nantais de la Biennale Estuaire. « Plusieurs pays d'Europe envoient des journalistes et même au-delà », se réjouit Jean Blaise. Cette initiative est appréciée des commerçants : « La Biennale est un enjeu considérable pour toute la région. Pour nous c'est tout bénef », estime Yannick Curty, des boutiques du centre-ville. Jean Blaise, dont l'esprit dort rarement, aime, lui, « cette provocation douce, ce jeu ». Il loue « l'audace » de Nantes. Son aptitude, rare dit-il, à sortir des cadres. En d'autres termes, à ne pas être trop lisse, trop sage : « A être vivante. »Gaspard NORRITO.
Ouest-France