La mairie ne veut plus de taudis au Bouffay d'ici 5 ans
Dix-sept immeubles très dégradés ont été identifiés dans le quartier Bouffay en vue de leur rénovation.
Financée en partie sur des fonds publics, une opération d'amélioration de l'habitat va permettre de rénover 540 logements dans le coeur historique de Nantes.
C'est le plus vieux quartier de Nantes. L'un des plus délabrés aussi. Au Bouffay, certains immeubles, dont les fondations remontent parfois au Moyen-Âge, sont laissés à l'abandon depuis des années.
Faute d'argent, les propriétaires n'ont jamais pu, ou jamais voulu, réaliser les indispensables travaux d'entretien. Ce qui n'empêche pas certains d'entre eux de louer de véritables taudis. Des logements « indécents », privés du confort minimum, voire carrément insalubres ou inhabitables. Comme cette chambre de 5 m2 (*) louée 150 €/mois découverte par l'équipe du cabinet Urbanis, chargé du suivi de l'opération programmée d'amélioration de l'habitat (Opah) lancée par la mairie sur le quartier Decré-Bouffay.
Éradiquer l'habitat indigne
But de l'opération : « requalifier » le quartier en rénovant les immeubles et en améliorant le confort des logements. « Il ne s'agit pas de simples ravalements de façades mais de réhabilitations complètes, intégrant les parties communes et privatives », souligne Alain Robert, adjoint à l'urbanisme.
Un diagnostic réalisé en 2005 a permis d'identifier 122 immeubles abritant près d'un millier de logements qui mériteraient d'être réhabilités. Parmi eux, 17 immeubles « très dégradés », cumulant des problèmes de vétusté, de gestion et d'occupation, qui seront traités en priorité, et 105 autres « en voie de dégradation ».
Des procédures complexes
Au total, l'Opah Decré-Bouffay vise à réhabiliter 540 logements sur 5 ans. « D'habitude, ce type d'opération est bouclée en 3 ans. Mais là, vu la complexité des procédures à mettre en oeuvre, nous avons préféré l'étaler sur 5 ans », explique Alain Robert.
« On a affaire à des immeubles très délabrés et à une multiplicité de copropriétés, une quinzaine en moyenne par immeuble. Sans compter que nous sommes en secteur sauvegardé. Ce qui fait que les dossiers sont très longs à monter », précise Anne Baty, chef de projet pour le cabinet Urbanis, qui a visité près de 180 logements depuis un an.
De gré ou de force
Ces visites ont déjà permis d'identifier une quarantaine de logements indécents et trois insalubres. Tous seront rénovés en vue d'être remis en location. Reste que, sur les 17 immeubles « très dégradés », une demi-douzaine de copropriétés font encore blocage. « Soit il n'y a plus de syndic, soit les copropriétaires refusent de faire les travaux ».
Mais quoi qu'il arrive, tous devront y passer. « On leur laisse encore six mois pour réfléchir. Passé ce délai, on enclenchera des mesures coercitives ». En clair, la Ville pourra déclarer les travaux d'utilité publique et aller jusqu'à l'expropriation pour les faire exécuter. « En général, la simple menace permet de débloquer les choses », sourit Anne Baty.
Xavier Boussion
(*) Un logement habitable doit faire au moins 9 m2.
Presse-Océan