Le 13 mai 68, la journée particulière d'un policier
16 personnes ont été blessées lors des affrontements du 13 mai. : CHT, photo Jacky Péault
Maurice Gergaud, ancien patron de la police urbaine de Nantes, évoque la chaude journée du 13 mai 1968.
Retrouvez ici notre dossier spécial sur mai 68 à Nantes
Il a presque 90 ans mais garde une mémoire intacte des événements de 1968. Maurice Gergaud, en retraite depuis 1976, était alors commandant du Corps urbain de la police nationale de Nantes. Et se souvient particulièrement du 13 mai à la préfecture.
«C'était une journée un peu particulière. Il n'y avait plus de forces supplétives pour le maintien de l'ordre à Nantes. Les CRS et gendarmes mobiles avaient été envoyés à Paris ». À Nantes, il ne reste donc que les effectifs du Corps urbain face à la manifestation prévue.
«Je me demande si le préfet Jean-Emile Vié n'a pas eu la trouille. Il a demandé que des dizaines de fonctionnaires soient mis à sa disposition. Il tenait à avoir une garde rapprochée, comme Napoléon à Waterloo!», raconte Maurice Gergaud qui rassemble alors 80 hommes pour la Préfecture.
Lui rejoint le commissaire central Magimel à l'Hôtel de police et reste à l'écoute de l'appareil radio émetteur-récepteur qui, en temps réel, les informe de la situation. «Il n'y avait pas de police en ville. Par prudence, nous avons fait revêtir de leurs uniformes, avec casques et matraques, tout le personnel chargé de la maintenance du matériel ainsi que des policiers physiquement diminués par suite de blessures ou de maladie, mais utiles dans un secrétariat».
Panique du préfet
Les deux policiers ne se trompent pas. Vers 18 h, des vitres de la préfecture éclatent. «Ils n'étaient pas si nombreux que ça mais ils avaient des lance-pierres et puis paf!», commente Maurice Gergaud. Ne voyant aucune riposte venir des 80 hommes du préfet, trois fourgons de police quittent alors le commissariat en trombe.
La grille de la préfecture est déjà renversée lorsque les renforts arrivent. Des manifestants sont même montés sur le perron, à quelques mètres de la fenêtre, brisée, du préfet. C'est alors que celui-ci demande l'autorisation de tirer sur les manifestants. Une décision que Maurice Gergaud ne comprend toujours pas, 40 ans après.
Le commissaire Magimel lance alors une première charge mais les manifestants ne lâchent pas le morceau. L'un d'eux jette même une barre de fer dans les jambes de Maurice Gergaud. Blessé, il n'est plus en état d'agir alors que les étudiants persistent, contraignant le préfet à céder à leurs revendications.
Touché au niveau de la rotule ce soir-là, Maurice Gergaud poursuivra son métier jusqu'à la fin des événements nantais. Mais plus en première ligne et avec l'aide d'une canne qu'il possède encore aujourd'hui.
S.G.
Presse-Océan