Édition du lundi 18 février 2008
Le « 78 Tour » du Sporting Etoile Club de Bastia
1978. Le tube de l'année s'appelle Bastia. Contre toute attente, le club corse, que le FC Nantes accueille ce soir, se hisse en finale de la coupe de l'UEFA.
Quel point commun Bastia partage-t-il avec le Stade de Reims, l'AS Saint-Étienne, l'OM, le PSG, les Girondins de Bordeaux et l'AS Monaco ? Ces clubs sont à ce jour les seuls représentants français à s'être hissés en finale d'une compétition européenne.
Deux après l'épopée des Verts, le Sporting Étoile Club de Bastia a marqué de son empreinte la scène européenne. Les joueurs de Pierre Cahuzac ont déjoué tous les pronostics, bousculé la hiérarchie et offert à la Corse une réputation aussi flatteuse que celle vantée par les guides touristiques.
À la faveur d'une troisième place obtenue la saison précédente, Papi, Orlanducci, Rep et consorts entament leur tournée continentale par un déplacement à Lisbonne face au Sporting. Les Corses passent ce tour sans encombre. Puis sortent les « Magpies » de Newcastle. Charles Orlanducci, aujourd'hui président du SC Bastia se souvient : « On a été le premier club français à s'imposer en Angleterre. »
Les joueurs au maillot bleu frappé de la tête-de-maure sont promis à la sortie de route en 8e de finale. Le grand Torino doit mettre fin à l'aventure insulaire. Pierrick Hiard vient tout juste de quitter un Stade Rennais en difficulté financière pour rejoindre l'île de Beauté. « J'arrive à Bastia en matinée. Le soir même, mes futurs partenaires jouent en Italie. Je me dis : « Je ne connaîtrai jamais la coupe d'Europe »...Et puis, on terrasse un grand d'Europe. »
Torino, LE match référence. « Je suis sorti du tunnel, j'ai vu le stade aux couleurs bastiaises. Je me suis retourné et j'ai dit aux gars qu'on jouait à domicile », se rappelle Charles Orlanducci. C'est pourtant son fief de Furiani qui a des allures de citadelle imprenable. La proximité du public avec l'aire de jeu, les grillages et les barbelés, la ferveur mêlée d'intimidation... Le comité d'accueil a de quoi impressionner même le plus neutre des Suisses. Après avoir étrillé le Carl Zeiss Iena à Armand Cesari (7-2) en 1/4 de finale, les « Sauterelles » de Zurich font des bonds en découvrant l'antre corse. « La semaine dernière, j'étais à Zurich afin de superviser un match pour le Stade Rennais. J'ai croisé un grand type que j'ai reconnu. C'était le gardien des Grasshoppers que nous avions rencontré en 1/2 finale. Il m'a confié n'avoir jamais eu aussi peur qu'à Bastia. Toute la Corse descendait à Furiani. Le stade pouvait contenir 12 à 13 000 spectateurs. On jouait devant 20 000 personnes... », se souvient Pierrick Hiard.
Une bombe agricole sur la tôle
Normal que le portier helvétique ait perdu les pédales. Jean-Louis Cazes, l'un des protagonistes de l'épopée, aujourd'hui entraîneur d'Anglet, raconte : « À l'époque, le tunnel d'accès au terrain n'était pas le même. Il était constitué de tôle ondulée. On s'apprête à rentrer sur le terrain et une bombe agricole explose. Toutes les tôles se sont mises à vibrer. Les Suisses ont été impressionnés. Nous, on avait l'habitude. » Mais Bastia se hisse en finale grâce au talent de Papi, Rep, Mariot, Krimau et à la générosité de ses fantassins.
Le PSV Eindhoven des frères Van de Kerkhof débarque dans l'île de Beauté pour la première des deux manches. La Corse est noyée sous des trombes d'eau, le terrain impraticable. La proximité du Mundial argentin et la volonté des diffuseurs contraignent l'arbitre à donner le coup d'envoi. Bastia domine mais ne marque pas. Au retour, les Corses coulent (0-3). « J'avais joué 66 matches dans la saison. On était cuits », souffle Jean-Louis Cazes. Trente ans après, l'épopée est restée gravée dans le vinyle.
Loïc FOLLIOT.
Ouest-France