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L'aménagement de l'île de Nantes

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Édition du vendredi 27 juin 2008

Le CHU met le cap sur l'île de Nantes

Le directeur et J.-M. Ayrault veulent transférer, d'ici 20 ans, dans l'île de Nantes toutes les activités du CHU. Et fermer l'Hôtel-Dieu ainsi que l'hôpital Laennec.

Pourquoi tout regrouper dans l'île de Nantes ?

Le futur campus hospitalo-universitaire de l'île de Nantes est l'une des pièces du plan de retour à l'équilibre du CHU. Le directeur, Daniel Moinard, veut renforcer l'attractivité, améliorer la reconnaissance (et financer) ses missions d'intérêt général, maîtriser les dépenses (en particulier le personnel) et « actualiser » les investissements.

C'est dans ce cadre qu'il propose de réunir les instituts du thorax, les greffes, les neurosciences, mais aussi tous les services actuels de court séjour de l'Hôtel-Dieu, en un seul site. Le directeur parle d'un « campus hospitalo-universitaire moderne », regroupant soins, recherche et formation. D'ici 20 ans, le CHU serait concentré sur deux sites : médecine, chirurgie et obstétrique dans l'île de Nantes ; psychiatrie à Saint-Jacques.

L'idée d'aller plus loin dans la concentration est très récente. « Une évidence », selon Jean-Marc Ayrault, qu'a révélé le nouveau directeur. « Un projet pour ne pas céder de terrain au privé », ajoute le député-maire.

Pourquoi transférer aussi l'Hôtel-Dieu ?

C'est l'un des bâtiments symbole de Nantes, reconstruit à la Libération en centre-ville pour remplacer l'ancien Hôtel-Dieu détruit par les bombes. Oui, mais, explique le directeur: « C'est un bâtiment de grande hauteur, que l'on ne pourra jamais adapter correctement à l'évolution de la médecine moderne et des normes hôtelières. La mise aux normes incendie représente un coût exorbitant. Les travaux impliquent de fermer des services, avec des opérations tiroir. Les travaux génèrent des poussières, avec des risques de maladies nosocomiales. Tout cela pour un immeuble qui ne donnera jamais satisfaction. »

Pourra-t-on financer un tel projet ?

La dispersion actuelle des sites hospitaliers est extrêmement coûteuse, rappelle le directeur. Le regroupement permettra de gagner en « productivité » et en « attractivité ». Par ailleurs, au fur et à mesure des transferts, le CHU vendra ses divers sites, en commençant par l'hôpital Laennec, au nord de Nantes. Et la valeur marchande du site de l'Hôtel-Dieu, dans le coeur de Nantes, est très élevée.

Reste que le lancement de la première tranche du projet île de Nantes, celle qui correspond au transfert de Laennec, à l'échéance 2014, est conditionnée à « l'exécution correcte du plan d'équilibre », fait remarquer le directeur.

Mais alors, pourquoi réaliser aujourd'hui d'importants travaux ?

Ce n'est pas de l'argent jeté par les fenêtres. « Ces investissements sont nécessaires pour répondre aux besoins actuels. Les travaux réalisés à l'Hôtel-Dieu vont êtreutilisés pendant un certain temps. Les derniers services qui quitteront l'Hôtel-Dieu sont ceux dans lesquels nous investissons aujourd'hui. Lors du déménagement, dans 20-25 ans, ils seront amortis », explique le directeur.

Et les terrains ?

Les terrains de Réseau Ferré de France, au nord du Min (Marché d'intérêt national), sont réservés pour le nouveau pôle hospitalo-universitaire. Le directeur du CHU a reçu récemment un courrier de Jean-Marc Ayrault qui s'engage à fournir les terrains nécessaires. « De sa part, c'est un acte fondateur, commente le directeur. Sans son soutien, ce projet ne serait pas possible. »

Le pôle hospitalier pourrait déborder sur l'actuelle emprise du Min. « Celui-ci est encore là pour des années, mais n'a pas vocation à rester en ville », précise le député-maire. Le site sera desservi par la ligne de tramway qui traversera l'île de Nantes d'Est en Ouest.

La décision est-elle acquise ?

Non, malgré l'implication du député-maire de Nantes. Le plan sera d'abord présenté aujourd'hui aux instances paritaires, et lundi matin à la commission médicale d'établissement. Présidé par Jean-Marc Ayrault, le conseil d'administration délibérera lundi. Avant que l'Agence régionale d'hospitalisation donne son feu vert il faudra que la direction du CHU apporte la preuve de l'efficacité du regroupement. Reste que le projet est pris en compte au plus haut niveau. Il suscite l'intérêt. Le directeur général de la mission d'aide à l'investissement hospitalier vient d'être mandaté pour l'étudier.

Le projet fait-il l'unanimité ?

L'information a surpris les administrateurs du CHU. Ils n'étaient au courant de rien avant de recevoir, il y a quelques jours, l'invitation au conseil d'administration. Les élus Verts Catherine Choquet (en charge de la santé à Nantes) et Emmanuelle Bouchaud (qui représente le conseil régional) réservent leur vote. « Je m'interroge sur la méthode et sur le fond », explique l'adjointe nantaise qui découvre l'accélération « brutale » du processus de regroupement.

« Je sais bien qu'il faut faire des économies d'échelle, mais la démarche est poussée à l'extrême. C'est une remise en cause des décisions précédentes. Nous avions voté de gros investissements parce que nous étions persuadés que l'Hôtel-Dieu resterait là où il est. J'ai du mal à croire que ces investissements seront amortis lors du départ. »

Un autre administrateur, qui souhaite conserver l'anonymat, se félicite de l'option. « Finalement, il y a longtemps que ça tournait dans les têtes, sans le dire. La crise de l'hôpital a été le catalyseur qui doit permettre de lancer une nouvelle dynamique. »

Qu'en pensent les syndicats ?

La CGT s'étonne de la « précipitation » qui marque ce projet de regroupement. « Habituellement, nous sommes mis au courant très en amont », rappelle Marie-Béatrice Taunay. « C'est très malin de la part du directeur de focaliser sur ce projet alors que le vrai problème ce sont les suppressions de postes. » Le syndicat ne méconnaît pas les problèmes posés par le bâtiment de l'Hôtel-Dieu.

« Il y a 15 ans, nous avions soulevé les questions posées par une réhabilitation d'un établissement en plein centre-ville. » Le syndicat suggère d'organiser un grand débat public. À FO, Sylvie Moisan regrette aussi que soient mélangés le plan d'économies et une décision de cette ampleur.

Elle remarque: « C'est un directeur intérimaire, à Nantes depuis deux mois seulement, qui présente un plan sur 20 ans. On peut se demander si l'avenir du CHU n'est pas décidé directement depuis le ministère. »


Marc LE DUC (avec Élisabeth BUREAU et Jocelyne RAT).

Ouest-France

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