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Édition du mercredi 21 février 2007

Le château pris d'assaut, pas les commerces

Les visiteurs ont beau se précipiter vers l'édifice rénové, les boutiques du coin ne voient guère d'effets sur le tiroir-caisse. Pour l'instant.

Drôle de phénomène rue Premion. Depuis que le château est pris d'assaut, l'échoppe Comptoir du château est prise pour un musée. « Alors je tends la main et je dis en rigolant n'oubliez pas le guide ! » se marre Sylvie, la vendeuse. Armures, épées, chausses et cottes de maille : il faut dire que la boutique, moyenâgeuse en diable, a tout d'une réserve féodale. Les curieux poussent volontiers la porte, les gamins y traînent leurs parents. « Beaucoup de passage d'accord mais peu d'achats », résume Sylvie. Qui préfère tout de même l'actuelle situation au temps des travaux. Trois ans de « galère » pour la jeune femme, soulagée d'avoir tourné la page pelleteuse. « Pendant trois mois, je peux vous dire qu'on n'a pas rigolé. La boutique a été désertée. Pourtant, elle marche plutôt bien. On est là depuis 11 ans. »

Chez Lis tes ratures, la librairie d'à côté, on parle carrément de « vide sidéral » depuis l'invasion du château. Christine et Christophe Sudre assistent même, à travers la vitrine, à un curieux spectacle. « On voit les gens entrer dans le château par le pont-levis et... on ne les revoit plus. Ils ressortent par la passerelle de l'autre côté, et reprennent le busway ou leur voiture cours Saint-Pierre. » Dire que les passants, du coup, font l'impasse sur la rue Premion serait exagéré. Mais tout de même. « On va finir par regretter les travaux. Au moins, on avait un peu de monde. On se demande même si on ne va pas ramener une benne à gravats pour mettre un peu d'animation dans la rue... », ironisent Christophe et Christine. Le jour de l'inauguration du château, la journée des deux libraires s'est résumée à une vente de 6 €. « Il n'y en avait que pour le château ! Nous, on a vu personne. » Alors comment survit-on à trois ans de travaux et une royale indifférence quand tout rentre dans l'ordre ? « On s'en est sortis grâce à nos ventes par internet. Sinon, c'est sûr, on aurait fermé boutique. »

« Trop tôt pour mesurer les conséquences »

Les commerçants de la rue Premion sont tous d'accord. Château ou pas château, de toute façon, leur rue n'a jamais été très marchande. Pas de boutique lambda, ici, le commerce est ciblé. Brocante, livres anciens, panoplies de chevalier... « Justement, on cadre bien avec l'esprit médiéval », souffle le tapissier Stéphane Couteau qui voit maintenant des têtes loucher sur sa vitrine depuis les fenêtres du château. Sans effets notoires. « Trop tôt pour mesurer les conséquences de la réhabilitation », tranchent Jean-Michel et Franck, vendeurs chez Mont-blanc expéditions, spécialisé dans les équipements de ski. « Il faut attendre septembre. Nous, en plus, on peut difficilement répondre. Il n'y a pas d'hiver cette année, tout est faussé. Et puis les gens regardent de plus en plus à la dépense. » Trop tôt pour répondre dit aussi Willy Métayer. Le patron du restaurant Le Fou du roi reste, en tout cas, optimiste. « On a une belle rue piétonne, un château tout beau, c'est pas mal non ? D'ailleurs les clients réclament les tables en vitrine, pour voir le château illuminé. »

Chantal BOUTRY et Isabelle MOREAU.

Ouest-France

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