Le chômage repart, des jeunes souffrent
Le chômage a fait un bond en août. Des jeunes sont en première ligne. Rencontre dans une ANPE à Saint-Herblain, près de Nantes.
CYRIL, 28 ANS: «Un sentiment de déclassement».
Cyril, cheveux sombres et yeux noirs, a une maîtrise d'histoire. Pourtant, il bosse en intérim depuis la fin de ses études voilà trois ans: «J'ai travaillé dans la manutention, le bâtiment, l'agroalimentaire...»
Sa vocation, c'est l'enseignement. Mais il a raté à trois reprises le Capes: «C'est de plus en plus sélectif.» Intérimaire avec une maîtrise? «C'est un sentiment de déclassement, répond-il. J'ai l'impression que mon diplôme ne vaut rien sur le marché du travail, malgré des compétences en terme de communication et de rigueur.»
Pas question de s'apitoyer. Ce jeune papa change radicalement de voie: «J'ai besoin de stabilité. Je me réoriente vers l'informatique. J'entame une formation, avec l'aide de la Région et des Assedic. Et j'en paie moi-même une partie.» Cyril constate une dégradation du marché de l'emploi depuis juillet. «Je n'ai eu que des missions courtes. D'habitude, elles durent deux à trois mois.»
FRED, 24 ANS: «Sans diplôme, on ne nous fait pas confiance».
Fred, casquette et blouson de cuir, n'a pas de diplôme. Ça ne l'empêche pas de travailler depuis l'âge de 17 ans, en intérim ou en CDD. En ce moment, il nettoie un four à déchets, la nuit, chez un sous-traitant d'une société de traitement des ordures ménagères. Son souhait: «Trouver un contrat à durée indéterminée dans la charpente-isolation. Mais sans diplôme, c'est difficile. Même si on est motivé, on ne nous fait pas forcément confiance.»
Fred veut partir en Australie dans les deux ans: «J'ai envie de voyager et j'en ai assez des difficultés en France: pouvoir d'achat, hausse des prix, etc.» En ce moment, c'est dur: «Je n'ai pas travaillé durant tout le mois d'août. C'e st un peu mieux en septembre: j'ai eu des contrats dans le montage de chapiteaux, la manutention... Je prends tout ce qui se présente. L'essentiel, c'est d'être le premier, le matin, à l'agence d'intérim.»
SOLÈNE, 26 ANS: «Changer pour devenir comédienne».
Solène a travaillé cinq ans comme assistante de direction, en CDD ou intérim. Elle veut changer pour devenir comédienne. «Le contexte est difficile, aujourd'hui. Ça ne me fait pas peur. Le théâtre, c'est ma passion.»
SARAH, 22 ANS: «Je regrette d'avoir choisi la facilité.»
Sarah, silhouette fine et longs cheveux blonds, veut se réorienter vers un emploi en lien avec l'enfance ou le social. Elle travaille comme caissière dans un hypermarché depuis trois ans: «Je voulais être instit'. La sélectivité du concours m'a découragée. Je suis allée vers la facilité en devenant hôtesse de caisse. Aujourd'hui, je le regrette un peu.»
Recueilli par Jacques SAYAGH.
Ouest-France