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Pour Jacques Willemont, le réalisateur, « mai 68 à Nantes, c'est avant tout la force des mouvements ouvrier et paysan qui s'associent ». Ici, l'usine des Batignolles, route de Paris, à Nantes. 60 ans... Cela veut dire que j'avais 20 ans en 1968, j'étais étudiant à l'Idhec, l'école de cinéma, chargé de faire tourner les étudiants de première année alors que l'école était occupée. Ce fut « Sauf qui peut Trotsky », un film pour comprendre pourquoi certains allaient chercher leurs mots d'ordre à Moscou ou à Pékin.
Tout a disparu, ou presque, en salle de montage. Volé, je ne sais par qui. Il n'est resté qu'une dizaine de minutes : la reprise du travail aux usines Wonder.
Pourquoi revenir sur mai 1968, et pourquoi à Nantes ?
Quarante ans après, je voulais regarder ce qui s'est passé dans le domaine du travail. En 1968, j'avais tourné une séquence sur une imprimerie qui sortait les journaux du mouvement.
C'est en recherchant des coopératives ouvrières de production que je suis arrivé à Nantes où se trouve La Contemporaine. Cette ville m'a séduit, et je suis resté pour réaliser un film sur mai 68.
Comment avez-vous regardé les événements nantais ?
On a totalement oublié la misère de l'époque, occulté la force du mouvement ouvrier et paysan. Les publications que je feuillette aujourd'hui ne retiennent que les étudiants, les barricades du quartier latin et l'évolution des moeurs, la soi-disant révolution sexuelle. Je conteste cette vision, qui est celle d'enfants de bourgeois pouvant se permettre de faire une révolution avant de regagner leurs pénates. Pour moi, mai 68, c'est la force des mouvements ouvrier et paysan qui s'associent. À Nantes, je suis venu chercher la revendication d'égalité.
Sur quels documents, quels témoins vous appuyez-vous ?
Avec un jeune journaliste, Matthieu Maury, j'ai rencontré 45 personnes, des acteurs connus et anonymes, et réalisé 60 à 70 heures d'entretiens. Tous ne seront pas dans le film, mais un coffret de dix DVD double face contiendra 30 heures d'entretiens destinés aux archives. Ce coffret constituera une base mémoriale. J'ai utilisé des archives peu connues : un film tourné par la BBC le 24 mai, et puis un film du chef opérateur de François Truffaut venu tourner à Sud-Aviation. Le film a été récemment retrouvé et restauré. J'ai aussi fait appel à un film de la CFDT.
Que reste-t-il de mai 68 dans la mémoire nantaise ?
A Nantes, on m'a parlé des ouvriers, des paysans. Et bien sûr des étudiants, comme partie d'un ensemble plus vaste. Les ouvriers s'en méfiaient, tout en les acceptant. Car ces étudiants nantais étaient souvent fils et filles d'ouvriers, et ces derniers soutenaient leurs enfants. On m'a parlé du comité de grève, de l'alimentation des quartiers. À Nantes, on se souvient de la solidarité. Ça m'a réchauffé le coeur.
Recueilli par
Marc LE DUC.
Le film :
A la télé. Sur TéléNantes, première diffusion samedi 26 avril à 13 h 30, puis dimanche à 22 h 20, lundi à 22 h 25, mardi à 20 h 55, mercredi à 21 h 50, jeudi à 22 h 35, vendredi à 21 h 30, samedi à 22 h 25 et dimanche 4 mai à 20 h 55 (dernière diffusion). Sur France 3 : samedi 26 avril, à 16 h 15.
Au cinéma. Le Kartorza, projection vendredi 9 mai, 20 h, avec une postface très personnelle du réalisateur.