Édition du vendredi 26 janvier 2007
Le grand spectacle du château en avant-première
Le 9 février prochain, le château des Ducs de Bretagne rouvre ses portes et son pont-levis. Première découverte du spectaculaire monument qui abrite un nouveau musée d'histoire de ville.
Anne, ma soeur Anne, si je te disais ce que je vois venir : Octavi Marti de El Pais, Natacha Edwards de The Independant, et tous les autres. Une kyrielle de journalistes de la presse française et européenne, venus voir la renaissance de ton château. Le château des Ducs de Bretagne - nous savons que tu y tiens, à cette appellation. Quinze ans de travaux, trois longues années de fermeture totale, il en aura fallu de la patience. Travaux gigantesques pour rendre son éclat à l'édifice. Et pourtant, le public n'aura jamais cessé de tourner autour. Comme un géant endormi, un navire en cale de radoub. « Le dernier des châteaux de Bretagne, le premier des châteaux de la Loire » : le maire Jean-Marc Ayrault a bien résumé hier, pour tous ces journalistes venus parfois de loin, la situation particulière du château ducal du XVe siècle, ancien siège de l'État breton. Qu'on n'avait jamais ouvert aussi grand. « Le château vient de vivre le deuxième plus grand chantier de son histoire, dit Marie-Hélène Jouzeau, directrice du château. Le premier étant sa construction. »Un musée contemporainLe château des Ducs n'est pas Versailles. Petites pièces, escaliers à vis, c'est un monument secret dont les surprises intérieures ne se laissent pas deviner. Depuis Anne de Bretagne, personne n'est allé aussi loin dans sa découverte. Et oublions les musées du passé : pas de reconstitution avec des mannequins en costumes. Pas de collections de hallebardes, pas de Bretonnes en coiffes. Il y a d'abord le monument, le crémeux du tuffeau qui nous rapproche tout d'un coup de Blois, avec ses loggias à l'italienne, ouvertes sur la cour intérieure. Son labyrinthe de pièces, d'escaliers à vis, ses fenêtres à meneaux. Et quand on entre, c'est tout l'espace du logis ducal qui se révèle, avec ses cheminées, ses lucarnes, ses charpentes magnifiques. C'est aussi l'histoire de Nantes qui se divulgue, à travers les 32 pièces d'un musée très contemporain avec vidéos et multimédia. 32 pièces ! Autant dire un vrai marathon. Tout cela se dégustera à petites doses. Pour cette première présentation à la presse française et européenne, c'est au pas de charge que nous découvrons le musée d'histoire de ville. « Nous sommes au coeur de l'histoire de Nantes, de la Bretagne, de la France et même de l'Europe », commente encore Jean-Marc Ayrault Le choix des objets a été mûrement réfléchi, grâce au conseil scientifique, intraitable. On commence par un bout d'enceinte gallo-romaine, visible de l'intérieur : déjà un choc. Du bas de cette muraille, dix-sept siècles nous contemplent. « C'est la trace d'un château de la Loire qui a perdu la Loire », dit Marie-Hélène Jouzeau. On comprendra mieux devant la maquette de la ville fortifiée, où le château est élément d'un ensemble défensif. L'histoire sourd de chaque pierre, et 850 objets vont la raconter. En sept grandes séquences, qu'on pourrait symboliser par un objet : le reliquaire du coeur qu'Anne de Bretagne, reine de France, lègue à sa ville. La figure de proue d'un navire nantais. Le code noir, fondement juridique de la prospérité nantaise, premier port négrier de France. La Révolution et un tableau des noyades de Nantes. Empruntons une passerelle au-dessus des 26 mètres de la tour des jacobins, nous voici dans un nouveau bâtiment, le Grand gouvernement et le saisissant plan-relief de la Nantes industrielle. L'histoire des comblements de la Loire et de l'Erdre, la résistance avec les témoignages en vidéo. Le mouvement ouvrier, l'invention de la grève générale. Et la période contemporaine, le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui, qui nous accueille à la sortie, sur les remparts désormais ouverts : nous ne verrons plus Nantes de la même manière.
Ouest-France