Le retour des herbes folles en ville
Quai Henri-Barbusse, sur les bords de l'Erdre, Philippe Férard, botaniste au Seve, se réjouit de la réapparition des herbes folles entre les pavés.
À Nantes, les jardiniers municipaux ne font plus la chasse systématique aux « mauvaises herbes ». Et pour les combattre, ils évitent les produits chimiques.
Quand ils ont vu les herbes folles envahir leurs trottoirs, les habitants de la cité du Grand Clos, dans le quartier de l'Eraudière, ont d'abord un peu râlé. « Les gens nous appelaient pour se plaindre. Ils nous reprochaient notre négligence, raconte Jacques Soignon, le directeur du Service des espaces verts et de l'environnement (Seve). Mais quand on leur a expliqué qu'on arrêtait d'utiliser des herbicides, ils ont très bien compris ».
Aujourd'hui, les trottoirs sont recouverts d'un tapis de verdure naturel, et des fleurs poussent au pied des arbres. « La cité est beaucoup plus verte qu'avant, les gens apprécient », assure Jacques Soignon.
Objectif zéro herbicide
Le Grand Clos n'est pas le seul endroit où les herbicides n'ont plus le droit de cité. Sur les quais de l'Erdre et de la Loire, dans les allées des parcs et jardins et de nombreux espaces publics, les jardiniers municipaux ne traquent plus systématiquement les herbes folles. L'entretien est assuré à la main, ou à la tondeuse, en espaçant le plus possible les coupes.
Une petite révolution culturelle amorcée depuis trois ans. « L'objectif est d'éliminer à terme tous les produits phytosanitaires pour l'entretien des espaces verts de la ville », explique Ronan Dantec, adjoint à l'environnement. Un objectif en bonne voie d'être atteint : « En deux ans, on est passé de 4 tonnes à 800 kg ».
Un refuge de biodiversité
Aujourd'hui, les 450 jardiniers de la Ville rechignent de plus en plus à utiliser des herbicides. Résultat, dans certains endroits, « on voit réapparaître des espèces qui avaient disparu du paysage urbain », se réjouit Philippe Férard, botaniste au Seve. « La ville est devenue un espace refuge de biodiversité et de nature sauvage », souligne Ronan Dantec.
Pour la flore, mais aussi pour la faune
Fuyant les pesticides, les abeilles ont élu domicile en ville : à Nantes, elles ont pris leur quartier à Chantenay et dans les ruches installées sur le toit du théâtre Graslin. Au Jardin des Plantes, le Seve a recensé soixante-dix espèces d'oiseaux sauvages.
Blocage dans les cimetières
Reste que ces nouvelles techniques de désherbage naturel suscitent encore quelques réticences. « Le gros point de blocage, ce sont les cimetières », explique Ronan Dantec. « Les gens ont pris l'habitude de trouver des espaces complètement morts. Laisser pousser des herbes folles entre les tombes a encore du mal à passer », précise Jacques Soignon.
Mais les choses avancent, à petites touches : à la Bouteillerie, le Seve est en train de reverdir le carré militaire. L'herbe remplacera bientôt le stabilisé.
Xavier Boussion
Presse-Océan