Le service public souffre, les agents le disent
Environ 20 000 manifestants à Nantes (12 000 selon la police, 25 000 selon les syndicats), 4 000 à Saint-Nazaire (notre photo). Mobilisation forte pour des fonctionnaires très inquiets sur leur devenir.
Plus le temps d'assurer certains soins. Des missions de contrôle qui sautent. Dans le cortège, les agents du service public sont inquiets.
Retard dans l'évaluation de la dépendance des personnes âgées. Marie, prénom d'emprunt, travaille au service du conseil général. Elle doit aller visiter les personnes âgées pour évaluer leur dépendance d'autonomie. Une visite importante pour classer la personne dans des grilles de référence. Il en découle, après, le versement ou non de l'allocation personnalisée d'autonomie. « Le nombre de personnes âgées indépendantes n'arrête pas d'augmenter et, nous, nous demandons trois postes supplémentaires depuis quatre ans. Rien n'est venu. Nous sommes toujours 30 seulement sur tout le département. Selon les secteurs, il peut avoir jusqu'à 60 dossiers en retard. » Marie est dans la rue car elle est devenue fonctionnaire pour servir le service public. « Et alors que la population vieillit, on ne peut pas répondre à la demande. Nous gérons tout sans secrétariat. Depuis l'appel des familles, jusqu'au planning, le montage du dossier... alors autant dire que le conseil aux familles passe de plus en plus souvent à la trappe. Malheureusement. »
Aucune organisation de la rentrée de septembre. Pour Erick Lermusiaux, professeur des écoles à Saint-Nazaire, « la réforme de Xavier Darcos est incohérente et n'aidera pas les enfants. On a l'impression qu'on a voulu faire plaisir aux parents et aux enseignants en supprimant la classe le samedi, mais il n'y a aucune réflexion pédagogique sur l'organisation de la prochaine année scolaire. »
Choisir entre soins et « brancardage » à l'hôpital. Depuis 18 mois, Catherine oeuvre comme aide-soignante au service des greffes rénales au centre hospitalier universitaire de Nantes. Un poste en moins, pour cause de congé maladie, non remplacé depuis février et la tension monte. « Déjà nous travaillons sans service de brancardier. À nous d'assurer tous les transferts, traverser le CHU de long en long à longueur de journée. On peut quitter les soins des patients en urgence pour cela. » Le non-remplacement a ouvert une flexibilité totale. « Au planning, nous sommes obligés de nous auto-remplacer. La tourne des week-ends revient plus vite. Et nous sommes appelés plus souvent sur nos jours de récupération. » L'équipe s'entend bien et se serre les coudes pour effectuer le boulot sans que le patient en souffre. « Mais on ne tiendra pas longtemps et sans argent à l'hôpital, on va faire comment ? »
« Difficile d'assurer le contrôle poussé des impôts sur les entreprises. » Au service des impôts, Dominique assure le suivi des impôts des entreprises. « Avant, j'avais largement le temps de contrôler de manière approfondie les déclarations des entreprises. Impossible, aujourd'hui. On se contente de vérifier une liste facilement accessible par écran. Sans chercher la vraie fraude dissimulée. » Elle va même plus loin dans son analyse. « Le gouvernement n'évalue pas la mission et supprime l'emploi. Ensuite, on a plus qu'à supprimer l'impôt lié à la mission ! »
Pourcentage de grévistes chez les enseignants, en Loire-Atlantique. Il s'est élevé à 61 % parmi les enseignants du premier degré public, indique l'inspection académique. Et 41 % dans les collèges, lycées et lycées professionnels. Côté enseignement privé sous contrat, environ 56 % des enseignants du premier degré étaient en grève hier, annonce la direction diocésaine. Et autour de 22 % dans le second degré.
Élisabeth BUREAU
et Frédéric SALLE.
Ouest-France