Le teknival est officiellement annulé
À défaut de grand teknival, les organisateurs ont obtenu gain de cause pour des petits et grands rassemblements. Photo : Archives Franck Dubray.
Après avoir annoncé la tenue d'un festival techno revendicatif, les organisateurs font machine arrière. Ils ont obtenu des garanties du préfet. La base suivra-t-elle ?
Les négociations ont repris, ont abouti et les organisateurs ont fait machine arrière. Voilà résumée la journée d'hier. « Les sound-systems du collectif Korng'h'eol annulent donc la manifestation revendi-festive prévue ce week-end. » Traduction à l'usage de ceux qui n'auraient pas suivi le feuilleton: le festival techno qui devait réunir 20000 à 40000 teufeurs en Loire-Atlantique n'aura pas lieu. Ce qui mérite un peu de décryptage.
La génèse. Le collectif tenait à organiser un festival grand format pour montrer sa force dans un département privé de grand rassemblement depuis des années. « Le teknival est aux teufeurs ce que la grève est aux salariés », disait un organisateur dans nos colonnes. Bref, un mouvement de protestation. Très vite, le préfet a dit non. Les négociations ont été rompues. Avant de reprendre. Et le collectif a vu, hier, de nombreuses revendications satisfaites.
Pourquoi le revirement ? Dans un communiqué, Korg'h'eol note que les sound-systems ont obtenu gain de cause pour trois de leurs revendications majeures. Ainsi, quatre à cinq fêtes multisons « à vocation départementale » pourront être organisées « à taille humaine » chaque année. Tout au long de l'année, les conditions d'organisation des petites fêtes (moins de 500 personnes) seraient aussi assouplies « conformément » à la loi.
En outre, le collectif attend désormais une meilleure « réceptivité » aux déclarations de soirées de plus de 500 teufeurs. Il note enfin qu'un « dialogue » a pu être mis en place avec les autorités. Un teufeur chevronné commente: « C'est bien que des collectifs se battent pour faire vivre notre culture. Nous ne sommes pas des gens irresponsables et déconnectés des réalités. »
L'effet Tour de France. Qu'ils le veuillent ou non, en choisissant le week-end des 5 et 6 juillet pour leur teknival, les organisateurs s'étaient indirectement trouvé un allié de poids: le Tour de France. La compétition doit traverser la Loire-Atlantique lundi 7... Les forces de l'ordre pouvaient très difficilement assurer la sécurité de l'épreuve en même temps que l'encadrement d'une fin de rassemblement de 20000 à 40000 teufeurs...
Le collectif dépassé par la base ? « Franchement, annuler un tekos (festival techno) à 48 heures du coup d'envoi, c'est n'importe quoi, s'amuse un DJ. Y'a sûrement déjà des gens sur les routes. Vous les voyez faire demi-tour ? C'est sûr, il y aura du son ce week-end dans le coin. Où ? J'en sais rien. En Bretagne, en Mayenne, en Loire-Atlantique... L'annulation empêchera juste d'avoir un immense rassemblement. »
Ira-t-il lui-même participer à une éventuelle fête? « Pas sûr, poursuit le musicien. Franchement, vu le contexte, si c'est pour prendre une prune des gendarmes à cause d'un pneu un peu lisse, c'est pas la peine. »
Thomas HENG.
Ouest-France