Édition du dimanche 10 février 2008
Les débuts brestois de Luc Delatour
Le directeur des opérations du FC Nantes a commencé sa carrière dans le foot à Brest. Épique !
« J'ai commencé à Brest en janvier 1990. J'avais 30 ans, je rentrais de San Francisco aux Etats-Unis où j'avais travaillé pendant deux ans, dans le tourisme. J'ai rencontré Jean-Claude Darmon par l'intermédiaire d'un ami commun. On a fait connaissance lors d'un footing, au Bois de Vincennes. Il m'a dit qu'il cherchait quelqu'un pour vendre de la pub à Brest et Bordeaux. Je lui semblais un peu tendre pour Bordeaux, donc il m'a envoyé me faire les dents en Bretagne.
J'avais un salaire de 2000 F brut, avec une commission de 9 % sur les contrats sponsoring maillot, panneaux... C'était alléchant, aussi avais-je accepté ses règles qui voulaient en revanche que tous les frais (loyer, essence...) étaient à ma charge.
Je débarque donc à Brest en janvier (l'hiver est rude là-bas) avec mes deux valises. J'avais un local à 500 m du stade, avec une chaise, une table, un bottin et un téléphone. Je découvre le monde du foot, un sport que je connaissais que pour y avoir joué plus jeune en région parisienne, et la ville. Quand j'arrive, le club fait la Une de tous les journaux. Il y a un trou de 100 millions de francs ! Évidemment, en six mois, je ne fais pas un contrat. Les mecs me raccrochent au nez (rires). Les 50 ou 100 plus gros sponsors de la ville s'étant déjà fait avoir, ils ne veulent plus rien savoir. J'ai donc vécu 4 mois avec 2000 F brut, soit 1100 F net, dans ma maison de Locmaria-Plouzané. Les deux derniers mois, j'ai dû convaincre un vague carrossier ce qui a dû me valoir ma seule prime.
J'ai un souvenir marquant d'un type que j'avais réussi à convaincre de venir au stade avec trois clients avant de s'engager. Ça avait fait 0-0 sous la tempête. Mes invités ont passé le match assis sur un banc (il fallait voir la vétusté du stade) et ont fini trempés jusqu'aux os. En sortant mon contact m'a dit : « M. Delatour, une fois, mais pas deux ! »
Après Brest, où j'ai quand même vu la génération Lama, Martins, Ginola, Cabanas, etc, Darmon m'a mis à Nantes. Et quelques mois après, Nantes était relégué administrativement... J'ai démissionné de chez Darmon qui a essayé de me retenir. Dans son style si particulier il m'a dit : « ok, j'ai compris, t'es pas fait pour un club. Je t'envoie en Afrique pour développer nos activités. » J'ai dit stop.
Finalement, Guy Scherrer et Alain Florès sont venus me rechercher pour me nommer responsable communication et stade. Je m'aperçois aujourd'hui que Waldemar Kita est le 8e président avec lequel je travaille à Nantes après MM. Bouyer, Scherrer, Toumelin, Bobin, Gripond, Roussillon et Dayan.
J'ai évidemment gardé beaucoup de tendresse pour Brest dont je suis particulièrement les résultats. À l'aller, j'ai revu Gilles Calarnou, responsable panneautique du club, avec grand plaisir. Mais, lundi, c'est la première fois que je remettrai les pieds au stade Francis Le Blé. »
Recueilli par Pierre-Yves ANSQUER.
Ouest-France